07 avril 2015
04 août 2014
Il est rentré (mon premier livre)
Ça fait longtemps qu’il est rentré, Sandro. Plus d’un an déjà.
Aujourd’hui, le projet Andata e Ritorno est devenu un spectacle.
Trois livres naissent aussi du projet :
- Quelque part entre deux points du monde (suivi de Ici), de Germano Zullo, qui est le texte du spectacle inspiré par le voyage de Sandro ;
- Paysages intermédiaires, la correspondance images/récits entre Sandro et moi, qui a été réalisée pendant le voyage ;
- Immagini, enfin, photographies de Sandro, souvenirs du voyage et "parcours imaginaire".
Ils peuvent être commandés ici.
En un certain sens, Paysages intermédiaires est mon premier livre. (Il n’est pas le dernier.)
Je n’en suis pas peu fier.
par Filippo Zanghì 0 commentaires
30 mars 2013
Il est parti
Sandro est parti ce matin. Une cérémonie de départ était organisée au Théâtre des Trois P'tits Tours.
Il a fait un petit discours. Et puis, il a pris son grand sac à dos.
Il est parti.
2000 kilomètres à pied. De Morges à Petrizzi. De Morges – en Suisse – à Petrizzi – en Calabre.
Cinq ou six minutes à peine après son départ, nous avons quitté le théâtre.
J’ai pris ma Panda. J’ai roulé un peu. Et je l’ai vu qui marchait.
Il était dans le crachin. Très loin, déjà. Et j’ai pensé: "Mais c’est bien sûr… Il marche dans le temps…"
Je me suis souvenu du poème intitulé "Mars à Meudon", dans lequel Jacques Réda récupère une phrase de Borgès:
Je peux attendre l’autobus sous ce doux aspergès
De mars. Il pleut. Ou il pleuvait. (La pluie, a dit Borgès,
Est quelque chose qui sans doute a lieu dans le passé.)
C’est ça. Il pleut. Il pleut toujours. Et il pleuvait.
Il est parti, maintenant. Et moi, je rentre. Ou je rentrais.
C’est un peu ça.
Il est parti.
Et moi, dorénavant, je suis là-bas – je me souviens.
par Filippo Zanghì 0 commentaires
11 septembre 2011
Paris carnet de la patience 37
Je vais bientôt rentrer.
Cet après-midi, Stéphane Lambert m’a écrit un courriel. Il a lu mon nom et ma spécialité sur la liste des résidents du Centre. Il y réside également. Il a voulu me rencontrer. Nous sommes allés manger une pizza au-delà du canal, au Pink Flamingo.
(S’il avait lu ma fiche Wikipédia, dont j’ai découvert l’existence, il y a deux semaines, en "googlant" mon propre nom, ce que je fais régulièrement – "Filippo Zanghì, né le 20 janvier 1974 à Lausanne, est un écrivain vaudois" – m’aurait-il contacté? D’autant plus volontiers, peut-être. À propos d’"écrivain vaudois"... Ne devrais-je pas m’octroyer la licence d’intituler mon carnet Paris, notes d’un Vaudois 2? Sur le bandeau publicitaire: The "écrivain vaudois" is back… Succès garanti... Enfin, bref.)
Stéphane Lambert est grand. Il a des yeux clairs, intimidants.
Il connaît tout du milieu culturel belge. (Au moment de nous quitter, il me dira: "Je crois à un esprit belge.") Mais il connaît aussi pas mal de choses sur le microcosme parisien. Il me dit qu’Untel a été l’amant d’Unetelle et qu’il est obsédé par le Goncourt. Il me dit aussi que Jacques Réda lui a écrit. Qu’il a lu et beaucoup apprécié l’un de ses manuscrits.
À la fin, on en arrive au paysage urbain. C’est ce qui a poussé Stéphane Lambert à m’écrire. Il me dit qu’il vise une trilogie Prague-Paris-Los Angeles. Ces villes symboliseraient respectivement le passé, le présent et l’avenir. J’ai envie de plaisanter en lui disant que l’avenir est à Shanghai, mais je m’abstiens. Il me dit aussi qu’il ne veut pas lire trop de livres sur les sujets qui l’intéressent. Surtout, pas de littérature. Plutôt des sciences humaines. Je comprends. J’ai les mêmes réticences à propos de la Sicile. Mais de cela non plus, je ne dis rien.
De retour dans ma cellule, je lis des extraits de ce qu’il écrit sur son site.
Je le vois chercher la tombe de Joseph Roth, dans les allées du cimetière de Thiais, dont Wikipédia m’apprend qu’il est un des cimetières parisiens extra-muros.
Plus bas, Joseph Roth est vivant, je le vois et je vois "l'ivresse et l'écriture emmêlées, pauvre moyen de faire".
Il y a une heure, Stéphane Lambert et moi sommes devenus "amis" sur Facebook.
Le Bruxellois et le Lausannois sont amis. Après tout, je crois que c’est une bonne manière de conclure mon séjour à Paris.
par Filippo Zanghì 0 commentaires
09 août 2011
15 mars 2007
Giacato
– Qu’est-ce que tu crois? Sans ça, elle n’aurait jamais pu acheter son commerce.
– Ah bon.»
J’ai raccompagné la nonna à Messina.
Ma tante me parle, entre autres, du temps qu’il fait. Je ne suis ici que depuis trois semaines. On dit: «Marzo pazzo.» Il a plu. Le soleil était rare. Elle a en tête les deux mois qui ont précédé. Il faisait 20° C en moyenne. Elle me fait remarquer qu’il n’y a pas eu d’hiver, que tout a poussé trop vite, que les fleurs seront bientôt fanées. Confirmation, le soir même, au téléjournal.
Elle prédit un enfer, question moustiques.
Une cousine m’a prêté un livre sur le village. Il est issu d’une recherche fouillée qui a débouché sur une thèse de doctorat. L’enquête a été menée, pour l’essentiel, durant les années 1970. L’auteur a interrogé les villageois – dont de nombreux spécimens «verghiens», dit la quatrième de couverture – sur les coutumes, les métiers, les fêtes calendaires, les chansons et autres traditions populaires. C’est une mine de renseignements. Une chance.
Il y a un chapitre sur les différents «quartiers» du village. Le village est divisé en une partie basse et une partie haute. Aujourd’hui encore, on veut savoir si vous êtes d’en bas ou d’en haut.
À certains endroits, les habitants ont tous le même nom de famille. L’auteur s’attarde sur les groupes les plus homogènes, rapporte les on-dit, les vieilles querelles et les représentants fameux.
D’abord, en lisant, je crois que ceux dont je porte le nom viennent d’en bas. L’auteur leur consacre plusieurs pages. Il y a eu quelqu’un d’important, quelqu’un qui savait parler. Son prénom est le même que celui de mon arrière-arrière-grand-père.
Mais ce n’est pas lui. À la fin du chapitre, il est précisé qu’il existe, ailleurs dans le village, de nombreuses familles portant le même nom.
La mienne habitait dans le Giacato, c’est-à-dire dans la rue qui relie le bas et le haut. C’est la partie la plus «récente», écrit l’auteur. Elle est donc moins intéressante pour son propos.
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07 décembre 2006
Palais Bel-Air
Dans le dernier film de Lionel Baier, Comme des voleurs (à l’est), le personnage découvre qu’il est vaguement d’origine polonaise. Avec sa sœur, il quitte Lausanne pour la Pologne.
Au début du film, il y a des plans de Lausanne: Bel-Air, Saint-François, la cathédrale depuis le Grand-Pont, le Palace emberlificoté et d’autres coins encore, que je reconnais.
On est pendant les fêtes. Clignotements, rougeurs, luminaires.
À la fin du film, le personnage rentre chez lui. Quelqu’un lui a dit: «C’est toi qui décides si tu es polonais.» Sa sœur, elle, va rester en Pologne. Ils se quittent à la gare.
Il y a de nouveau des plans de ville. On est de nouveau pendant les fêtes. Le frère est rentré, la sœur est restée. Alors, j'ai un doute. Je ne sais pas si on est à Lausanne ou à Varsovie.
Après, je sais, je devine qu’on est à Varsovie. Il y a des feux d’artifice. On voit le Palais de la Culture. C'est lui. C'est le joyau mastodontesque de l’architecture totalitaire.
Et puis, un bref instant, parce que le doute n'est pas très loin, j'hésite à nouveau.
Le Palais, pour un peu, est comme la Tour Bel-Air.
par Filippo Zanghì 2 commentaires

