Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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03 juillet 2007

Ke ke ke ke ke

Là-bas, j’ai lu les Chroniques de l’oiseau à ressort. Son cri, c’est Ki kii kiii (en traduction).
Quand je travaillais, j’ouvrais les fenêtres. Je voyais la terrasse, le mur de séparation et je devinais un jardin, la cime des citronniers, puis la via Dante et le mont qui surplombe le village. En fin d’après-midi, un oiseau faisait: «Ke ke ke ke ke», entre le pépiement et le volètement des autres. Je ne connais pas le nom des oiseaux.
- Peu importe, dirait Toru Okada.

Je suis rentré. La semaine dernière, j’ai travaillé deux jours au gymnase de Beaulieu. Un soir, je rentre chez moi. Je marche rue du Maupas. Lentement, je détaille les maisons, les arbres et… «Ke ke ke ke ke»… J’entends l’oiseau. Il existe ici aussi.
- C’est le même, dirait Toru Okada. Il est venu jusqu’ici. Il se déplace, c’est son travail.
Je suis moins cosmopolite dans l’âme. Je croyais que l’oiseau n’appartenait qu’à ce jardin, qu’à cette île et qu’il me séparait du reste du monde.
Je suis resté sans bouger un long moment, cherchant à l’apercevoir.
- Inutile, dirait Toru Okada.

À la maison, hier soir, je réécoute des enregistrements. Il est tard. La cloche sonne… Spontanément, et très vite, je cherche à localiser son origine, et dans le même temps, je m’étonne à nouveau de sa ressemblance avec la cloche du village. Est-ce que ça vient de la chapelle, de l’autre côté, vers le chemin de l’Usine à gaz? Ou… Imbécile: ça vient de ton ordinateur; c’est bien la cloche du village, tapie sous la voix de Giovanni.

J'ai pensé: même oiseau, donc même son de cloche. Je tire des leçons à chaque heure du jour.
Où est-ce que j’ai la tête?
Ça m’apprendra.

19 juin 2007

Nouveaux extraits sur l'audioblog

J'ai continué à enregistrer des entretiens et des ambiances.
Pour ceux qui ne les ont pas déjà écoutés:
Giovanni
Zia Peppina
Mariano
Zia Rosa

Autres sons

20 mai 2007

Si quelqu'un chante là dedans


L'autre jour, j’ai emporté l’ordinateur chez mon grand-père. Je voulais savoir si je pouvais me connecter à internet depuis sa ligne téléphonique.
Avant de partir, je lui ai mis le casque sur les oreilles pour lui faire écouter sa propre voix, son récit de la vente du cheval. Il a souri, mais n’a pas fait de commentaire. J’ai remballé toutes mes affaires. Et puis, comme ça, il a demandé: «Si quelqu’un chante là dedans, est-ce qu’on l’entend?
– Bien sûr!... Tu as quelque chose à proposer?»
Il a répondu «oui».
Il a chanté comme il a pu deux couplets d’une vieille chanson d’amour, illuminant tout mon week-end.

20 avril 2007

Juste un mot encore. Il y a quelques jours, l’audioblog a enregistré la millième visite de Suoni_siciliani. Merci à tous les visiteurs! Les sons dans leur ensemble ont été écoutés cinq cents fois. Cela signifie qu’un visiteur sur deux ne se contente pas de lire les descriptifs; il écoute au moins un enregistrement. Continuez à en parler autour de vous!

Qualche giorno fa, l’audioblog è stato visitato per la millesima volta. Grazie a voi tutti! Nell’insieme, i brani sono stati ascoltati cinque cento volte. Continuate a parlarne!

17 avril 2007

file0481.wav

J’ai passé le week-end à Messine. Samedi, j’ai enregistré deux heures d’entretien avec ma tante.

L’enregistreur est comme un appareil photo numérique. On peut choisir le format (MP3 ou WAVE) et la qualité (nombre de bits, fréquence d’échantillonnage, etc.). Pour le son, bien sûr, la taille des fichiers varie en fonction de la durée de l’enregistrement. Dans la mesure du possible, j’appuie souvent sur «stop». Cela me permet d’isoler les thèmes abordés et de limiter les dégâts en cas de mauvaise manipulation, à l’ordinateur. En général, les prises ne dépassent pas dix minutes.

Samedi, pour commencer l’entretien, je demande à ma tante si elle se souvient de la maison de son enfance.

Elle me regarde.

Gêné, je lui dis: «Oui, euh… Comme ça, en gros.»

Elle me sourit, tend la main, s’empare de mon stylo et de mon bloc-notes. Tout en dessinant, et sans l’ombre d’une hésitation, elle décrit jusque dans ses moindres détails la disposition des pièces, les éléments du mobilier, la variété des matériaux, des couleurs et des usages. Elle traduit spontanément en italien ce qui lui vient en dialecte. Elle enchaîne avec les occupants, leur place et leurs gestes coutumiers. Puis avec les saveurs, les odeurs, les paroles. Tout cela d’une seule traite.

Je suis frappé de stupeur. Je suis sûr qu’elle voit – littéralement – ce qu’elle décrit. Au moment où j’appuie sur «stop», je réalise qu’elle a parlé vingt minutes.

Le fichier s’appelle «file0481.wav». Il pèse deux cents méga-octets. Si je le perds, je me mets dans un sac et je le ferme avec une corde; au bout de la corde, j’attache un gros caillou et je nous jette dans le Détroit.

20 mars 2007

(Af)fabuler

D’après le supplément numéro 49 du magazine Centonove paru le 10 décembre 1999 - une brochure à l’intention des touristes -, l’appellation ‘Arco del Poeta’, qui désigne l’arc situé dans la ruelle du docteur et dont la clef consiste en une figure monstrueuse, témoigne de la présence, en ce lieu, d’une section de l’Ecole poétique sicilienne à l’époque de Frédéric II.
L’auteur de la thèse consacrée aux us et coutumes du village, en revanche, ne parle pas de l’arc, mais seulement de la ruelle du poète (‘Vico Poeta’). Selon lui, elle porte ce nom parce que Giuseppe Trifilò y a vécu jusqu’à sa mort, survenue dans les années 1960. Les anciens s’en rappellent encore. Il était de toutes les cérémonies. Il y récitait ses poésies en dialecte et on l’admirait pour ses improvisations.

Mon expérience de l’entretien est rudimentaire. Mes interlocuteurs n’en ont aucune. Une bonne préparation est donc essentielle.
Ma grand-mère s’étonne de ma capacité, la questionnant, de susciter un souvenir et son récit. Je suis émerveillé par son pouvoir d’affabulation. Un nom (tu as connu Untel?), un objet (c’est quoi, ça?), un espace (à l’église?), c’est aussitôt une intrigue. Elle parle. Elle peut parler un quart d’heure, enchaîner quantité d’anecdotes, elle retombe sur ses pieds. À la fin, elle me dit: «Voilà pour Untel… pour cette chose… pour l’église…», me rappelant la question que je lui ai posée et qu’entre-temps j’avais oubliée.
Je réalise à quel point tout est d’emblée récit. Mes interlocuteurs en détiennent, semble-t-il, un art infaillible et spontané.
Ou est-ce moi qui fabule?

17 mars 2007

Parole aux aînés

J'ai enregistré une série d'entretiens avec mes grands-parents. Le travail est toujours en cours. J'en ai mis deux extraits sur l'audioblog.
La grand-mère
Le grand-père

06 février 2007

Départ en vue

Je pars dans deux semaines. J'ai renouvelé mon passeport italien, trouvé un transporteur pour mes livres, contacté mon assurance, acheté un adaptateur pour la prise de mon Mac. Je dois encore compléter ma pharmacie, rendre des livres, en emprunter d'autres peut-être, me faire couper les cheveux et voir du monde.
J'ai fait un nouvel investissement, acquis un enregistreur numérique. Objectif numéro un: garder trace de mes conversations au village, notamment avec les anciens. Le dialecte des anciens est plus serré, plus sec, plus entortillé que celui des jeunes générations. J'aurai besoin sans doute de faire traduire certains des enregistrements.

Désormais, le transblog fonctionnera en tandem avec un audioblog, intitulé Suoni_siciliani_Sons_siciliens. Il y a déjà des sons dessus... suisses forcément. Disons que ce sont des exercices.
Les choses sérieuses commencent la semaine prochaine. Rendez-vous pour quelques extraits d'un entretien avec Marco. C'est aussi un "Lausannois de Sicile". Il a vingt-cinq ans et il a décidé de s'installer là-bas. Je compte lui demander pourquoi.