Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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06 mars 2012

Factual fiction

"Our modern world is […] one of constant fragmentation and mixing of genres and lifestyles. The narratives of the traditional “life-story” are breaking down into unrelated pieces. We work 40 jobs over a lifetime, we have 50 sexual partners, we move location and we start again and again in the deregulated, privatised world of self-selling. We inhabit virtual places as much as we do real ones. Facts become blurred and we live out fictions. For works of writing to reflect this world, they also have to enter into the language and forms of our time, otherwise we end up with confused, over-stuffed, compromised books that use an old form to try to talk about a new time.
Whether we like it or not, the net is rewiring our reading habits. As Benjamin said, the novel, as it exists, cannot contain the threat from the form that is greater than it: information. If it is to be relevant at all, the novel must break into new hybrids and leave the 19th-century segregation of fact, fiction, memoir and essay behind. The novel must let the world in and speak through the many forms that the world already speaks through."

12 janvier 2012

C'est la Chine

J’écoute, en ligne, la première leçon du cours de Jean-François Billeter intitulé "Introduction à la civilisation chinoise et à la Chine d'aujourd'hui", donné à l’université de Genève en 1998.
Billeter essaie de rendre sensible, aux étudiants, la formidable diversité de la Chine. Il dit que, la Chine étant un pays, nous pouvons avoir le réflexe ou la tentation de comparer ce pays avec d’autres pays, comme la France ou l’Angleterre. Mais la Chine, c’est aussi et peut-être d’abord un continent, une civilisation. Il évoque des régions chinoises aussi différentes que peuvent l’être, à nos yeux, le Danemark et le Portugal. Ces différences touchent les espaces et les hommes tout aussi bien. Là, Billeter donne l’exemple des étudiants de Pékin, en 1989, tâchant de convaincre, place Tiananmen, les militaires juchés sur les chars de ne pas obéir aux ordres de leurs supérieurs. Et découvrant que ces militaires sont des paysans qui n’ont jamais connu Pékin, qui n’ont jamais connu la ville; que certains, même, sont persuadés qu’ils participent à une gigantesque mise en scène, au tournage d’un film ou à quelque chose de ce genre… Enfin, Billeter souligne les différences qui ont trait aux générations. Des professeurs d’université lui disent: "Les étudiants d’aujourd’hui, pour moi, ce sont des Martiens. Comment leur parler?" Autrement dit, quel est le rapport entre un yuppie de Shanghai et un berger tibétain?
Donc, il vaut mieux parler d’un monde chinois, comme on parle d’un monde méditerranéen.
J’écoute cela et je pense (je ne peux pas m’en empêcher): le monde que j’ai connu, celui dans lequel je vis, et qui compte, entre autres, un grand-père paysan sicilien, un père migrant ouvrier lausannois et un vieil étudiant qui twitte en écoutant Billeter, c’est la Chine.

30 septembre 2011

Paris carnet de la patience 38

"La littérarité qui a rendu possible la littérature comme forme nouvelle de l’art de la parole n’est aucune propriété spécifique au langage littéraire. Au contraire, elle est la radicale démocratie de la lettre dont chacun peut s’emparer."
Jacques Rancière
Vouloir "écrire un roman" supposerait de viser une écriture déjà constituée, l’écriture romanesque. Toutefois, dans le passé, il m’est arrivé de croire que cette écriture, disons plus généralement l’écriture littéraire, formait dans la société l’un des quelques possibles de la langue en général, possibles peu nombreux et parmi lesquels la littérature occupait une place éminente.
Hier soir, je relisais en diagonale, très vite, un article pour ma thèse. Je suis tombé sur: "Deuxièmement, les modalités de croissance d’un réseau vont déterminer le degré de sélectivité des services afférents..." Et j’ai pensé: voici un possible, dans la société d’aujourd’hui, qui me paraît, d’abord, d’une élaboration tout à fait comparable à l’élaboration littéraire – ou qui est littéraire – et qui, d’autre part, me semble être un possible parmi des milliers, parmi des millions d’autres. Il en a résulté cette impression, ou la confirmation de cette impression, assez largement répandue, je crois, que la littérature n’est plus aujourd’hui qu’une manière très exiguë d’intervenir dans la société et que son voisinage avec tant d’autres parlures explique son air un peu pâlot, un peu maigrichon et, tout compte fait, son statut extrêmement secondaire.
Bien sûr, c’est complètement faux.
Ou bien, disons que c’est à creuser.

En attendant, il me reste à écrire un roman bien nourri et coloré.

02 mai 2011

Paris carnet de la patience 22

Emma Bovary recrache, une fois son suicide accompli, un liquide noir comme de l’encre...
Cher Jérôme,

Je viens de terminer un nouveau chapitre de ma thèse. Je m’autorise un peu de surf et je lis (et relis) tes Lettres au pendu.

À mon tour, je prends la plume (je clique sur "Nouveau document"). Elle me coûte, cette plume. Depuis la nuit des temps (l’époque où je griffonnais, au stylo bille, le début d’un roman où j’allais retrouver en Lamborghini mon ami Francisco, rentré dans le pays des siens en Espagne et que je retrouvais en effet – lui avait une Ferrari), depuis l’époque, donc, où j’envisageais le langage comme un espace (comme une soupe), je m’en suis tenu au griffonnage, à quelques exceptions près. Comme le pendu, peut-être, je m’étais interdit cet espace, tant que je ne saurais pas écrire.

Mais je ne le saurai jamais.

Quand j’ai réalisé cela, je me suis lancé. J’ai participé à des concours, encouragé par mon frère, d’abord. Et j’ai reçu des prix. Financièrement parlant, ce fut spectaculaire. Un bouquin, puis 1000 francs, puis 100000 francs. Du coup, le doute m’assaille à nouveau. À ce train-là, je suis condamné à viser le Nobel. Je crois que ça rapporte un million.
Je ne plaisante qu’à moitié. Pour moi, longtemps, ce fut toujours: Rimbaud, ou rien. Michaux, ou rien. Garcia Marquéz, ou rien.

Donc rien, ou si peu.

Tu comprends donc pourquoi ta prolixité m’effraie. Dans mon imagination, tu écris tout le temps. Mais je trouve aujourd’hui dans tes lettres une réponse très simple aux questions que je me pose: le pendu, écris-tu, s’enfermait, ou plutôt, s’éloignait de son lecteur, à force de virtuosité (j’exagère, mais on exagère souvent quand on est touché); tandis que, pour toi, la langue écrite doit parler aux proches, aux plus proches comme aux Très Grands Poètes du Temple de la Littérature, aussi étrangers, quand ils sont fantasmés, que des Extra-terrestres.

Et j’aime la lettre où tu te racontes, lisant assis sur l’escalier d’une maison d’Italiens, les Discours de Rousseau, et cette sensation, levant les yeux du livre pour voir passer une fille à bicyclette, étrange, hallucinante – cette juxtaposition des mondes, c’est la littérature.

Voilà.

Tu m’apprends qu’il y a deux sortes d’étrangeté: celle du pays lointain et celle du père et de la mère. La littérature est à la frontière, infime ou distendue immensément.

Tu vois. Déjà, je suis essoufflé.

Mais je ne vais pas me taire. Et, si tu le veux bien, je publierai cette "lettre" (très travaillée, tu vois, à cet effet), sous la forme d’un post, sur mon transblog, un de ces jours.

Bien à toi,
F.

08 novembre 2010

Erri ancora

Entretien de Raphaëlle Rérolle avec Erri De Luca,
Le Monde, 6 août 2005:

Parlant de vos livres, vous dites que vous n’inventez pas. Pourquoi?
J’invente très peu, même si j’aime bien les histoires imaginées par les autres: quand vous trafiquez avec le passé, il n’est pas nécessaire de créer des personnages ou la fin d’un récit, puisque tout est déjà donné. Du coup, je suis toujours à l’intérieur des histoires que je raconte, je ne me soulève pas au-dessus d’elles. Je n’ai jamais écrit à la troisième personne, comme un chef d’orchestre dirigeant ses musiciens: je suis moi-même dans l’orchestre, changeant d’instrument en fonction des livres, tout à tour dans la peau d’un maçon, d’un jardinier, d’un alpiniste. Le chef d’orchestre, c’est la vie qui a produit cette histoire. Et le fait d’inventer des existences me semble un abus de confiance: il en existe déjà tellement, je ne vais quand même pas prendre le vice du Bon Dieu!
En revanche, j’éprouve de la gratitude pour le moment où je me souviens d’un morceau de passé, même si je n’ai pas la clef de cette mémoire: cela m’arrive à l’improviste, par bribes, comme une détonation et j’ai soudain envie de faire durer ce moment. L’écriture de Tu, mio, par exemple, a été déclenchée par la vue d’une femme dont le sourire, qui découvrait une dent ébréchée, m’a rappelé une amie d’adolescence. Je deviens le lieu où le passé fait une petite promenade, passe une deuxième fois. Mais c’est la dernière: il n’y en aura jamais de troisième, car l’écriture a ce pouvoir de s’imposer comme le format définitif d’un moment de vie, sa version officielle, en quelque sorte.

20 août 2010

Paris carnet de la patience 14

S. fait la moue quand je dis "ici" ou "la maison" pour désigner Paris, le Centre, la cellule, et non plus notre appartement, dans "notre" ferme, en Suisse. Sentiment accusé d’éloignement, de séparation, alors que nous sommes l’un en face de l’autre.
Brève méditation sur mon besoin de relier.
Il y a que je me crois possédé par le démon de l’analogie.
Exemple: je lis dans Le Peintre de la vie moderne – dans une édition qui vient de paraître et que j’ai achetée avant-hier dans la librairie Delamain, qui fait face à la Comédie-Française, tandis que S. et M. étaient installés en terrasse, sur la place Colette – je lis "bachi-bouzouk" et voici que ma présence à Paris, ma lecture savante de Baudelaire, en vue de la thèse, est soudainement rattachée à Tintin, au capitaine Haddock, à mon enfance, à ma chambre, à mon frère patientant à mes côtés, comptant les pages qui me restaient à lire avant la fin de l’album et qui nous séparaient ainsi de la reprise éventuelle d’un jeu que, sans doute, j’avais interrompu par caprice ou dont j’avais décrété (ce qui revient au même) la provisoire inanité.
Autre exemple: j’ouvre Zones, de Jean Rolin. L’exergue est d’un certain Selimovic. Je me demande s’il est croate… Si cela devait se vérifier, je serais… La guerre… Il y aurait, de même, une étincelle, une onde, un fil… Et Zones, Rolin, la thèse seraient donc connectés à Zadar, au grand-père, au roman…
Cela fait-il de moi un homme dont le psychisme est à dominante narrative (ou "diachronique"), et non pas à dominante épisodique, pour reprendre les catégories de Galen Strawson, que j’ai tâché d’exposer à S. avant de la raccompagner gare de Lyon ?

14 avril 2010

Paris carnet de la patience 5

"Pour l’espèce humaine la migration et le récit sont peut-être la même chose."
Pascal Quignard

Hier, je suis passé par la rue Caumartin; elle aussi me disait quelque chose. Coïncidence, ce matin même, je vois glisser Roubaud dans la BNF, couloir ouest. Et, vers midi, feuilletant un vieux numéro du Débat, je tombe sur Quignard:
"Le roman est un objet de langage où il y a au minimum plus de deux scènes, plus de deux personnages, plus de trois langages (deux pour former un dialogue qui contraste avec le fond narratif), plus de deux lieux et plus de deux temps (pour aller des uns aux autres). La technique est simplissime. Je prends la vraie duchesse de Sanseverina qui a été décapitée en 1612 et je lui fais rencontrer Metternich que je baptise comte Mosca, je les installe à la cour de Louis XIV mais à la cour d’un petit Louis XIV qui vivrait à Parme en 1830, qu’est-ce qui se passe? Je noircis six gros cahiers rue Caumartin. J’appelle cela La Chartreuse de Parme. Si vous voulez, la technique revient à ceci: je répare des déchirures impossibles dans le temps et l’espace."
Avant-hier, déjà. Rue de Rome: Mallarmé. Rentré dans ma chambre, j’ouvre mon exemplaire des Divagations. Première page, au stylo: c’est ma mère qui me l’avait offert. Alors, je succombe, je retombe dans cette ornière: quel est le rapport entre ma mère et Mallarmé? Ce soir, téléphone avec S. Je lui ai dit que j’étais triste, que je ne savais pas quel était le rapport entre ma mère et Mallarmé. Du tac au tac elle a répondu: "Le rapport, c’est toi."

18 mai 2008

Ce jeudi les passeurs de mots

liront des extraits de mon roman (toujours en cours d'écriture).

En l'espèce, Giorgio Brasey, Gaëlle Graf et Marie-Aude Guignard nous attendent ce jeudi 22 mai dès 20h30 au café-théâtre Le Pois Chiche, avenue de Morges 119 à Lausanne (entrée par le Café de l'Ouest).

"Le fleuve n’était pas impétueux comme les jours derniers. Son lit s’était amenuisé. Des îlots de sable et de pierraille s’étaient formés. Rocco vit des femmes, sur la rive, qui gesticulaient. Elles faisaient des signes aux enfants qui revenaient de Sulleria, de l’école. Ils coupaient par le fleuve. Pas besoin d’aller jusqu’au pont. Elles leur indiquaient quel îlot emprunter pour traverser. Certaines mères, inquiètes, les avaient rejoints et elles revenaient vers Granì, de l’eau jusqu’aux cuisses, portant un enfant sur leurs épaules.
Les enfants qui n’étaient attendus par personne sautillaient au hasard, se lançaient des cailloux. Un groupe s’était détaché et, plutôt que de monter au village, s’était dirigé au pied de la colline, vers l’ancienne église. Rocco les remarqua.
Il ne voyait pas l’église depuis le chemin. Mais il la connaissait et il savait ce que les enfants allaient chercher là-bas : les ossicini, les petits os des enfants avortés. Les petits os des morts qui n’avaient pas été baptisés. On les avait retrouvés dans les murs, tout au fond des orifices dont ils étaient parsemés."

30 avril 2008

Vers le roman V

J’ai lu une interview de Jérôme Meizoz. Il a fait des études. Nouveauté dans la famille. Il écrit. Dans son dernier livre, il parle de son père.
Je pioche au hasard :
"Mon père a voulu que l'on fasse des études, parce que c'était la génération de la démocratisation des études […]. En même temps, ces études m'ont jeté dans un monde qui n'avait plus guère de rapport avec celui de mon père. […] Les enfants de ces ouvriers devenus, grâce à la démocratisation scolaire, des enseignants, des psychologues, ont le sentiment d'une dette à l'égard de ce milieu qui n'est plus le leur et qui se meurt. Des enquêtes ont été menées sur la photographie mémorielle dans la région de la Lorraine: beaucoup de ces jeunes essayent, en prenant en photo l'usine où travaillaient leurs pères, de se réapproprier un bout de mémoire. […] Maintenant, la question que je me pose, c'est si la vision des ouvriers que je transmets dans mon texte n'est pas sans le vouloir celle des lettrés."

Il m’est arrivé quelque chose, ces jours-ci, en écrivant.
J’avance. Je cherche mes mots. «Fouine» me vient, puis «rousseur». En me relisant, je lis «fouine», puis «rousseurs» et soudain je pense à Jacques Chessex.
Sentiments mêlés. D'abord, j’éprouve un sentiment inattendu d’appartenance. C’est comme si les mots faisaient le Jura et familier tout de suite (ce sentiment est mâtiné de celui, assez jouissif mais extrêmement bref, de me prendre pour Jacques Chessex).
Ensuite, je suis embêté parce que, dans le passage en question, je suis avec un ouvrier dans le tram des années soixante et l'ouvrier n’est pas Chessex (moi non plus, je dois en convenir). Alors, est-ce qu’il voit la rousseur vers le Jura? En un sens, oui: si c’est roux, c’est roux... Mais pourquoi pas «rouille» aussi, ce serait mieux peut-être? Encore une fois, je me relis et je conclus que non, cette translation des qualités, non, ça ne va pas…
Ici, ça ne va pas. Ailleurs, des fois, ça va.

09 mars 2008

Vers le roman IV bis

Soyons clair.
J’ai envie de décrire mon avenue, mon locatif, les buissons, le container bleu foncé où on jetait les bouteilles (le verre blanc, le verre brun, le verre vert), les terrains autour de la serre d’Albert Pittet Fleurs, le raccourci interdit vers le collège et ce qu’il y avait derrière les taillis, où je ne suis jamais allé, mais qui avait sans doute déjà la saveur de l’indistinct (savoir seulement qu’il y avait de petites maisons ou des ateliers avant le mur anti-bruit).
J’ai envie et je n’y arrive pas. Forcément: pourquoi nier le fossé qui sépare le langage du réel, alors que je m’en accommode si bien quand il s’agit d’écrire le cheminement du grand-père dans une île mythologique? Je m’échine des heures sur les bacs en ciment qui bordent l’allée du stade; j’ai acheté un livre sur la flore de Lausanne et de sa région; très souvent, j’ai failli chercher pour de bon la thèse dont on m’avait parlé, d’une biologiste qui a travaillé sur… je ne sais plus... les mauvaises herbes de la vallée du Flon, ou de ce qu’il en reste; j’ai acheté aussi Comment ça tient? et La Maison de A à Z et le volume La Gestion de chantier de la collection "Guide des métiers du bâtiment": treillis soudés, moellon, granulats…
Mais ça ne tient pas debout. C’est un mur qui ne ressemble à rien et je vais droit dedans…
J’avais noté, dans un des premiers messages du blog, l’importance de tenir pour caduc le monde des personnages, même celui d’Alex. Quelle naïveté! La caducité, c’est le refrain du curseur intermittent de tous mes documents Word! Et je mesure chaque jour davantage l’éloignement de l’avenue et de la pelouse et du magasin de boguets et de cette cour d’école à l’ancienne que je traversais et qui n’était pas ma cour.

28 février 2008

Vers le roman IV

Le plus dur (et de loin), c'est Alex.

Le grand-père et le père ont une vie en touffes: des touffes d'images, des époques coagulées, des récits qui font eux-mêmes les distances et des ruisseaux limpides. Tout est isolé.

Le fils est absent. Caché par son agir médiocre. Il n'est qu'opacité.
Philippe m'a dit: tu aimes le grand-père, tu aimes le père; Alex est rêche.

Le grand-père et le père ont des "chapitres". Alex un "chantier": le collège; la télévision; l'ignorance. Tubes. Dalles. Isolation défectueuse. Pas de linéarité. Des bouts et du copier-coller.

Je reprends à zéro.
La chaîne hi-fi. Ne pas savoir le nom des choses. Rendre à l'univers son harmonie originelle.
Adolescence.

Petite voiture.

Trouver Alex.

08 janvier 2008

Bonne année et le point

Bonne année à tous les lecteurs du Transblog!

Le point sur la situation: avec mes deux heures de travail quotidien sur le roman, mon manuscrit a fini par atteindre la centaine de pages aux alentours de Noël. Je compte maintenir le cap jusqu'en été.

J'ai participé à The "Call me I'm an artist" Project, à l'initiative de naphtaline, en novembre et décembre derniers. Le projet suit son cours.

Une lecture d'extraits choisis du roman est au programme des "Jeudis des passeurs de mots", au café-théâtre Le pois chiche, à Lausanne, le 22 mai prochain:


Si le Transblog ne figure pas encore au top 100 de la blogosphère (mais n'est pas trois millions cinquante-trois mille cent cinquante-septième qui veut), sa version audio, en revanche, cartonne sur Arteradio (enfin, presque).

Last but not least, je me suis inscrit à un cours de l'Université Populaire de Lausanne qui débute fin janvier. Il s'intitule "Le temps des immigrés italiens en Suisse". Il reste des places!

14 décembre 2007

Couleur 3 ?

Extrait n°6

1er novembre 1990.
Alessandro écoute la cassette que Virgile a enregistrée.
Après manger, il regarde la télé, ensuite les murs de sa chambre.
Il doit apprendre un poème par coeur.



Lecture : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

12 novembre 2007

En dehors du halo des ampoules

Extrait n°4

La nuit tombe.
Bientôt seul dans le cimetière de Rocca Rossa, Carmelo se dit:
"Je suis sûr qu'ils vont m'oublier."



Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

29 octobre 2007

Vers le roman III

Une phrase. Je l'ai tournée dans tous les sens. Rien n'y fait. Il y a trois "o" dedans. Trois "o", c'est trop. Il y a "mot", le mot. Et deux prénoms qui finissent par "o". Je dois sacrifier un "o", au moins un.
Je devrais remplacer "mot". C'est logique. "Mot" n'est qu'un mot. Tandis que les prénoms sont des prénoms: ils charrient. Les noms communs peuvent aussi charrier, mais c'est différent. On peut les délester, les déplacer. Pas les prénoms. Les prénoms sont des personnages. Si on les déplace, tout se déplace avec eux.
J'essaie encore.
Mais non. J'ai besoin de "mot". C'est de lui que j'ai besoin. Alors les prénoms... Les prénoms, logiquement intouchables, je me mets à les considérer, à les reconsidérer.
C'est absurde. Incontestablement. Ce prénom, celui-ci, je pourrais le changer. C'est vrai. Je pourrais. Mais je vais devoir le changer partout. Et ça va changer mon personnage. On ne porte pas impunément son nom. Et les parages du nouveau nom, leur modelé, leur allant, vont changer aussi. Telle phrase n'ira plus. Telle autre s'affaissera.
Peut-être. Ce n'est pas sûr. Pour être sûr, il faudrait essayer. Choisir un prénom, le voir à l'oeuvre.
J'essaie. C'est long.
Finalement, c'est vrai, les contours ont changé. Le personnage et l'air qu'on y respire ne sont plus tout à fait les mêmes. On respire encore, néanmoins. Tout est encore debout.
Soit. Je reviens à la phrase, la phrase avec "mot", le mot. Je peux le garder maintenant. Le nouveau prénom finit par "a".
C'est parfait.
Il n'y a plus que deux "o". Et pas d'autre "o" dans les parages immédiats.
Oui, mais...
Il y a ces "a"...

22 octobre 2007

Tu dors ?

Extrait n°2

Avant la guerre, le grand-père était livreur.
Il livrait les petites villes de la côte et les villages reculés.
Sur les chemins, on faisait des rencontres.



Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

06 octobre 2007

Vers le roman II

J'ai terminé un nouveau chapitre. Je relis mes notes, personnelles ou de lecture, avant de lancer le suivant. J'écoute aussi des enregistrements.
Listes. Brainstorming. Hypothèses.
Je pourrais y aller... Mais un doute m'assaille. Je crains de n'être pas assez armé en "expérience vécue". Il faudrait peut-être interroger encore les concernés.
Pourtant, je sors d'un chapitre où, précisément, j'ai su, je crois, marier les mots et les choses, c'est-à-dire écrire en laissant leur part aux témoignages et à l'invention.
Cela ne suffit pas. Pire encore... N'ai-je pas succombé aux délices du romanesque?
Attention! Attention au romanesque! J'y ai droit, dans une certaine mesure. Je me suis accordé ce droit, pour différentes raisons, notamment pour les épisodes les plus reculés. Mais j'en ai peut-être abusé...
Difficile. Écouter. Épouser. Écrire. Rester concentré. Ne rien figer. Ne pas lâcher.
Bon. Demain, je lui pose mes questions. Soit.
Après-demain, j'écris.
Allez.

10 septembre 2007

Vers le roman I

«Pirandello distingue ‘scrittori di cose’ e ‘scrittori di parole’. Credo di appartenere alla prima categoria. La singola parola suggerisce, suggestiona, dispiega immagini. Una parola può accadere in me come elemento scatenante, ma molto mi deprimerebbe sentirmi dire che sono, nel senso pirandelliano, scrittore di parole.»
(14 domande a Leonardo Sciascia)

R. a reçu une lettre. Je pars de cette chose: il a été convoqué.
Je n’ai rien d’autre pour écrire. Mais je dois écrire. J’essaie.

Ce qui me vient, c’est qu'il devine, qu’il sait ce qu’il y a dans la lettre. J’écris: «Il le sait.»
Et puis, plus rien. Ou pas grand-chose.
Difficile.

Alors, je me dis: «Tiens, il sait.» Il y a ce mot: «sait». R. sait. C’est quelqu’un qui sait. Un court instant, son savoir n’est plus seulement le savoir de ce qu’il y a dans la lettre. Il est le savoir tout court. «Moi, je sais.» Sous-entendu: les autres non. Donc le savoir comme trait de caractère.
Alors, je retrouve la chose. C’est-à-dire que je me souviens de quelque chose. On m’a dit qu’il était plus intelligent que les autres, qu’il se sentait plus intelligent que les autres.
Très bien: donc il sait ce qu’il y a dans la lettre; en général, il sait… et j’ajoute: mais là, il ne sait pas; il ne sait pas ce qui l’attend.

Oui, oui. Excellent.
Il sait. Toujours, il croit savoir. Mais on ne peut pas tout savoir.
Avec ça, je peux continuer. Avancer un peu.

Avant la prochaine difficulté.