Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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23 mai 2007

Erri a Catania


Près de la Piazza Bellini – qui est en réfection – au rez d’un ancien palais gris lave, le Tertulia propose une terrasse. Il est quinze heures.

C’est un café-librairie. Elle choisit le dernier roman de Simonetta Agnello Hornby. Je tombe sur le premier livre d’Erri De Luca. Quelqu’un m’a parlé de lui, le soir de la remise du Prix Fems. Cela pourrait m’intéresser.

On s’installe. Deux cafés, deux verres d’eau et quatre biscuits saupoudrés de cacao nous suivent.

Non ora, non qui. Naples. Une enfance pauvre. Les parents ne parlent pas le dialecte, mais l’italien. C’est leur façon de rester la tête hors de l’eau.

En face de moi, une avenue, une rue adjacente et entre les deux un immeuble en fer à repasser. Même couleur gris lave que le palais, le dôme et tant d’autres édifices.

Déjà elle est plongée dans le roman. La rumeur de la ville est faible, à cette heure. Mais derrière moi, un magma sonore: les travaux de réfection de la place – petite grue crissant sur l’asphalte, perceuses, coups de marteau. Sur l’avenue, une moto, un bus. Des gens qui passent. Ça bourdonne quand même. Jamais de silence.

Saveur des phrases. Lumière des pages du livre. Enfant, il balbutiait. Serrements. Étroitesse de la rue. Exiguïté de la chambre. Serrements de dimanche. Serrements de ville, dont il a peur. Un père. Les femmes qui se hèlent de bas en haut, d’une fenêtre l’autre.

Tout de suite, impression que cela m’est adressé. Rare.

En face, haut sur l’immeuble, un balcon très étroit court, tourne à la pointe du fer et disparaît de l’autre côté. Ça et là, des hublots blancs. Accroché à la façade, un lampadaire art nouveau. Portes-fenêtres et pare-soleil aux fines lamelles roussies.

Nobles la corniche, les cadres sculptés, les encorbellements. Prosaïques le tuyau d’écoulement, la peinture du rez-de-chaussée, le panneau: interdit aux camions.

Elle a levé la tête. Elle ne dit rien. Elle aussi, je crois, s’est glissée dans une poche, une petite poche de sensibilité – exacerbée et vaporeuse tout à la fois.

J’imagine.

Non ora, non qui.

Soleil, aridité future.

Je sens sourdre une immense volonté d’écrire.

06 mars 2007

Λεμόνι

Le produit vaisselle de ma grand-mère, de marque Svelto, propriété du groupe Unilever, est parfumé au citron. Le mot est noté en grec sur l’étiquette.
Je reste avec la nonna une semaine. Le passage vers la solitude se fait en douceur.

Comme en Angleterre, les premiers jours, il y a quelques années, j’ai l’impression que tout ce que je vois ou entends sombre instantanément dans l’oubli. Je ne sais plus ce que la nonna m’a dit ce midi, quand nous étions à table.
On a fêté les 90 ans de mon grand-père. Les photos déjà sont gravées sur un CD.
Un «InternetPoint» a ouvert il y a un mois, dans le village d’à côté. Connexion satellite, disent-ils, haut débit. Une chance.
Depuis mon arrivée, le temps est changeant. À l’aube, j’allume un feu. En fin de matinée, j’ouvre toutes le fenêtres. Il grêle cinq minutes. Les nuages passent. Soudain, on a sa veste d’hiver dans le soleil. Puis, le vent se lève.
Il y a un long tunnel sur l’autoroute en direction de Catania, après la sortie de Taormina, suivi par un long virage à droite. On débouche sur une plaine et en face, droit devant soi, immense, les crêtes déployées, l’Etna fumant dans la neige. Une coulée ancienne, sur un flanc, trop chaude encore, est marron. Le reste est blanc.
À ses pieds, des orangers par centaines.

Le cabinet du docteur est situé juste à côté de la principale attraction du village, «l’arc du poète», au fond d’une impasse à laquelle on accède depuis la piazza Martino. Les gens s’empilent dans la salle d’attente, quand ce n’est pas devant la porte d’entrée de l’appartement, si le docteur est absent. Pas de rendez-vous.
Il ne me connaissait pas. Il a un air buté. Hier, il m’a demandé le motif de mon séjour. Il m’a dit qu’il a lu tout Paolo Coelho. Ce matin, j’ai passé devant tout le monde.

03 mars 2007

Atterrissage

À ma descente d'avion, un parfum d'humus a envahi mes narines. Il m'a fait penser au Vietnam.

J'ai la tête ailleurs.

Mon installation est terminée. Mes livres sont arrivés.

J'ai recommencé à écrire. Les premiers entretiens sont dans la boîte.