Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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07 avril 2015

A distance


27 novembre 2012

La face cachée de New York...

"A Breezy Point, à l'extrémité de la péninsule, une centaine de maisons ont été décimées par un incendie. Durant Thanksgiving, certains habitants, déjà sonnés par Sandy, ont été pillés. Au milieu d'une scène de fin du monde, la maison de Regina McNulty n'est plus qu'un champ de ruines. Mais un objet a miraculeusement résisté au feu et à la tempête: une statue de la Vierge Marie. L'endroit est devenu presque sacré et des centaines de pèlerins viennent lui faire des offrandes. Pour croire en un avenir meilleur."
Stéphane Bussard, "La face cachée de New York révélée
par Sandy", Le Temps, 26 novembre 2012.

17 septembre 2007

Pétards la joie

«Bisogna proprio dire, osservai, parlando con Alessandro, che le vostre feste sono essenzialmente… rumore!
– Voscenza sappia, mi rispose, che la gioia si esprime coi suoni. I rumori di oggi sono niente paragonati a quelli che rallegravano le feste di quand’ero bambino. In piazza e nelle principali vie del paese si stendevano file di mortaretti grandi e piccoli, collegati da una miccia; appena si dava fuoco a questa, i botti si susseguivano con grande rapidità, e l’intero paese era scosso dal fragore, anche per un’ora di seguito. San Giuseppe, aggiunse, è di legno e non è proprio sicuro che possa udire i nostri urli e la banda e il panegirico del prete, ma i mortaretti… quelli, è sicurissimo che li sente.»
Louise Hamilton Caico, Sicilian ways and days, 1910
(trad. Renata Pucci Zanca)

Que l’Italie ait remporté le Mondial, j’en tressaille encore (j’en avais remporté un autre, à ma manière, deux jours auparavant). Ma joie n’a éclaté qu’avec un temps de retard, parce que je croyais que le penalty de Fabio Grosso n’était pas décisif, qu’un Français devait encore tirer après.
L’explosion m’a corrigé.
Nous sommes montés à Saint-François. Il y avait des pétards. On était là. Pétards. On chantait. Pétards. On sautait. Pétards. Pléthore de pétards. Finalement, les pétards, ça nous a ennuyés. Des pétards, d’accord. Que des pétards, non. Alors, nous sommes partis.

Je sais qu’en Italie, la pyrotechnie grève le budget du moindre patelin. Fête du Saint Patron: boucan d’enfer. Au point que, lors de mon premier Premier Août, j’ai cru que les feux, c’était une blague. Comment? Déjà fini? Vous avez entendu quelque chose?
Le soir de la finale du Mondial, j’aurais bien aimé que ça ressemble au Premier Août : pas trop long, pas trop fort. Ils m’ont gâché Saint-François, ces p’tits cons.
Evidemment, dire cela me classe illico dans les vieux. Vous savez, ceux qui disent: 1982, c’était mieux. Pas de tirs au but. Pas de coup de boule. Et pas – ou moins – de pétards.

Comment sauver 2006? Eh bien, en faisant remarquer que les pétards, la pléthore de pétards, ne sont pas une vogue passagère, mais une discipline consacrée. Plus on remonte le temps, plus les villages pétaradent. En Sicile, une mèche interminable était tendue dans les ruelles, une guirlande de pétards. L’explosion était ininterrompue. Ça pouvait durer une heure. On cassait la vaisselle. Les vitres volaient en éclats. La joie s’exprime avec les sons, disait Alessandro à Mme Hamilton.
À Saint-François, cette nuit-là, les pétards, c’était peut-être la résurgence de cette joie. Même le saint l’a entendue, peut-être.

Je me dis ça maintenant. Ça ne me rajeunit pas pour autant.

22 avril 2007

Les petites croix de sang

Ci-après, le commentaire d'un ami à "Ceux qu'on écoute" (que je reproduis parce qu'il dépasse 300 caractères, ce qui n'a pas été apprécié par M. Blogger):

Et oui, on les connaît bien ces histoires en Sicile. Moi, j'habitais Adrano (près de Catania). C'est une histoire plus dingue encore: un beau matin (j'avais alors 7 ans), dans une petite maison habitée par une famille besogneuse, les murs s'étaient miraculeusement couverts de petites croix de sang. Tout le monde criait au miracle bien sûr, les occupants en premier. Le prêtre de l'église la plus proche s'était aussitôt rendu sur les lieux et avait convoqué la télé. "Antenna Sicilia" avait fait le déplacement et couvert le sujet sans vraiment donner son point de vue. Oui, un miracle. Et quel miracle! Je me demande encore aujourd'hui quel était l'effet recherché. C'était plastiquement beau, certes. Un artefact, sans aucun doute. Je me souviens aussi que j'avais imaginé comment ils avaient fait. Très simplement: des seringues, du sang de cochon et hop, toute la famille au boulot.
Une oeuvre familiale qui, à l'époque, a fini par leur amener un peu d'argent pendant quelque temps. Oui.
Un miracle?
D.T.

06 avril 2007

Ceux qu'on écoute

Premiers jours de grand vent. Je l'entends qui siffle dans les persiennes. Le scirocco, le vent du désert. C'est bien lui. Je perçois beaucoup mieux la cloche de l’église du bas que celle de l'église du haut, pourtant moins éloignée (il souffle du sud-est). Et j’ai mal à la tête.
J’ai acheté des palmes tressées et suis descendu pour la bénédiction. J’ai reconnu la statue du Saint dans le chœur. L’église est rose, un peu plus petite que celle d'en haut. Charpente restaurée. Poutres et lambris. Face à la porte latérale, sous verre, la statue de la Madone de Lourdes. Je la reconnais aussi. Ils sont allés la chercher en ville en 1919 et l’ont transportée sur leurs épaules. Il y a une cinquantaine d’enfants dans l’allée centrale, alignés deux par deux. Le prêtre fait un aller-retour dans la nef pour bénir les palmes et les rameaux d’oliviers. Tous les bras sont levés. On remonte le village en procession et c’est la messe. Après, je vais manger chez mon grand-oncle.
Je suis allé au bar prendre un café et lire le journal.
Celui qu’on appelle «u mùtu», le muet, m’a offert le café et s’est assis à ma table, sous la véranda plastifiée qui remue. Il a plus de 80 ans, mais en paraît 65. De temps en temps, il pointe un article du doigt. À la rubrique sportive, il montre tous les résultats des matchs de foot. Un type arrive, un retraité sans doute. Sur le nez, d’énormes lunettes jaunes orange Valentino. Tout de suite, il parle de l’ouverture d’un nouveau petit marché, au bout du village. Il s’étonne du nombre de visiteurs, le jour de l’inauguration, et des voitures, toutes ces voitures parquées devant et jusque vers le cimetière. Il en déduit que le patron doit être quelqu’un de «sintùtu», quelqu’un qu’on écoute... Sinon, pourquoi se seraient-ils déplacés? C’est la seule explication. Il s’interroge sur son identité. Des clients émettent un avis. En tout cas, il n’est pas du village.
Dans La Repubblica, Orazio La Rocca fait le point sur la béatification de Jean-Paul II. On cherche des miracles. Une sœur française a été guérie de la maladie de parkinson grâce à son intercession. Au-dessous de l’article, un encart: à Reggio Calabria, peu après l’entrée dans une église de la dépouille du médecin qui s’est jeté sous un train après avoir tranché la gorge de son fils, la statue de la Madone a pleuré. Il y a de nombreux témoins. Sur le même sujet, trois pages dans La Gazzetta del Sud. On y appelle à la prudence.
Cela me rappelle qu’ici même, il y a deux ou trois ans, près du fleuve, un Saint est apparu sur un mandarinier. Illico, l’arbre devient un lieu de pèlerinage. Bougies, figurines, objets divers.
Pour mon grand-père, c’est clair comme de l’eau de roche: le prêtre s’est mis d’accord avec le propriétaire du verger.