Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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07 avril 2015

A distance


04 août 2014

Il est rentré (mon premier livre)

Ça fait longtemps qu’il est rentré, Sandro. Plus d’un an déjà.

Aujourd’hui, le projet Andata e Ritorno est devenu un spectacle.

Trois livres naissent aussi du projet :

  • Quelque part entre deux points du monde (suivi de Ici), de Germano Zullo, qui est le texte du spectacle inspiré par le voyage de Sandro ;
  • Paysages intermédiaires, la correspondance images/récits entre Sandro et moi, qui a été réalisée pendant le voyage ;
  • Immagini, enfin, photographies de Sandro, souvenirs du voyage et "parcours imaginaire".
Les trois livres sont à paraître.
Ils peuvent être commandés ici.

En un certain sens, Paysages intermédiaires est mon premier livre. (Il n’est pas le dernier.)
Je n’en suis pas peu fier.


07 août 2012

New York

Il y a un an, mon père, mon frère et moi sommes allés à New York. C’est mon frère qui a eu cette idée. Retourner à New York, mais avec papa.
New York: six jours en six minutes et six photos.
Je n’ai rien à dire sur les photos.
Quant au clip sonore, il y a, dans l’ordre, mais profusément: le matin du départ; Ellis Island et l’arrière-grand-père; un marché sur un trottoir de la 34e rue, "Beats by Dr Dre…" et les prédicateurs aux prises avec un sceptique, "Read Romans again…"; il y a un chœur dans le parc et la fanfare de la police à deux pas, sur la 5e avenue dont un tronçon, ce jour-là, est fermé au trafic; il y a le repos bien mérité dans un square et le bilan provisoire de mon père sur "la vie américaine"; il y a le quartier de Little Italy, dans le Bronx, et les rumeurs de la ville; une pause dans la chambre avec un jeu télévisé; un pianiste assez relax, dans le hall qui résonne; des promeneurs, un cheval, une course à pied; il y a les musiciens latinos, dans le métro, retour du Queens; la fête de San Gennaro, bruyante et graisseuse; et puis il y a ce saxophoniste qui m’a laissé l’enregistrer… Il n’y avait plus personne dans les parages, mais il a continué à jouer. Je l’ai remercié d’un signe de tête. Il s’est penché, lui aussi, et en m’éloignant je me suis dit: "Ça, ce sera mon générique..."


New York on Soundcloud

04 juillet 2012

Sbarchi e direttrici dell'avanzata alleata


"La campagna d'Italia, luglio 1943-gennaio 1945" (détail).
In Mario Isnenghi (dir.), Gli Italiani in guerra. Conflitti, identità, memorie dal Risorgimento ai nostri giorni, volume IV, tomo 2: Mario Isnenghi, Giulia Albanese (a c. di), Il Ventennio fascista: la Seconda guerra mondiale, Torino: UTET, 2008, p. 14.

09 août 2011

22 juin 2011

Paris carnet de la patience 28

Il est tard, bientôt minuit. Dans la ville, c’est déjà la Fête de la Musique.
J’irai demain. Ce soir, je reste dans ma cellule – je l’appelle comme ça, vu que j’habite un ancien monastère.
Peut-être, de l’appeler cellule, elle m’incite à plus encore de quant-à-soi, à plus de solitude.
L’autre nuit, après la série des films italiens à l’Accatone de la rue Cujas, j’en ai visionné quelques autres sur YouTube, en petits morceaux de 9 minutes 59 chacun.
Comme la cellule donne sur un jardin, pas de grande rumeur de ville, comme celle qui s’élève de sous les fenêtres de Jerome Charyn – je n’ai jamais été à sa fenêtre, mais je me souviens d’une émission "New York" de Thalassa, sur France 3, qu’avait enregistrée mon cousin.
Décidément, Paris ne fait pas grande métropole.
J’ai téléchargé le dernier Sonic Youth. Je me souviens des nuits siciliennes, humides et moi seul encore, regardant les photos du grand-père, casque sur les oreilles, "Stones" en mode repeat et cheminée dans le dos crépitante.

16 juin 2011

Lausanne 1963

La "manière américaine"...



Mon père est arrivé en Suisse le 31 août 1963.

14 mai 2011

Paris carnet de la patience 24

Passé quelques heures sur Youtube. Digressé de Rossellini, Fellini, Pasolini à Godard (disant à peu près que Roma città aperta, c’est la rédemption de tout un peuple qui a "trahi deux fois"), puis à Spielberg, puis à Kubrick, etc, etc. Me suis attardé, entre autres, sur une interview de Woody Allen par Godard. Frappé par les yeux de "WA", inquiets, anxieux de voir ce qu'allait produire chacune des prises de parole de son interlocuteur… L'un des clous de l’entretien, me semble-t-il, ce sont les maisons, les constructions de New York, telles que WA les filme et les monte dans Hannah et ses sœurs. Godard commence par dire qu’il a beaucoup aimé ces plans… Mais, au fil de l’échange, il apparaît que la manière de filmer ces maisons, d’après Godard, serait un exemple de l’influence de la télévision sur le cinéma: notamment en ce que les plans sont très brefs et se succèdent à un rythme soutenu – le même qu’adoptent les séries ou les journaux télévisés. WA répond finalement: "C’est possible. Je ne sais pas."



Ma lecture de cet entretien, je le sentais au moment même où je le visionnais, était traversée par la question, ou le motif, du rapport assez complexe entre l’Américain et l’Européen. S’y sont mêlées des choses du type: cinéma commercial/cinéma d’auteur, premier degré/second degré (l’Européen serait "au second degré" jusqu’au fond de son être et j’attribue à cela, en partie, l’inquiétude de WA), etc, etc. Ce qui ajoutait encore au sentiment qu’un Océan nous sépare, c’est le fait que Godard, bien qu’il essayât de s’exprimer en anglais, était accompagné d’une interprète. Comme si les propos de l’Européen, quels qu’ils soient, ont besoin d’être interprétés, d’être traduits au double sens de ce mot pour un Américain. Et cela n’allait qu’à sens unique: jamais Godard ne donnait l’impression de n’avoir pas bien saisi les réponses ou les développements de WA. Mais c’est que ce dernier, comme par un fait exprès, se cantonnait précisément au "premier degré", au sens premier, au sens propre, au sens concret des réflexions proposées: parlant, par exemple, de la salle de cinéma, de ses murs, de ses décors, stucs et rideaux quand Godard lui demandait ce qu’il pensait des conditionnements possibles du cinéma par la télévision.



Godard n’est pas indifférent à cet aspect matériel. Il a eu l’occasion de s’exprimer à ce sujet. Une autre vidéo de Youtube (je ne la trouve plus) le montre sur une scène, à l’occasion d’une cérémonie (peut-être les Césars). Et il dit: "Quand on entre dans une salle de cinéma, on doit lever la tête. Quand on entre dans une pièce où se trouve une télévision, on doit la baisser. Donc le cinéma a encore un bel avenir devant lui." (Applaudissements.)

26 octobre 2010

Paris carnet de la patience 18

En me baladant avec Street View, sur Google Maps, j’ai vu que La P’tite Bougnate, le café où je mange assez régulièrement, n’existait pas encore quand les caméras ont filmé le boulevard. Fraîcheur des murs, beau vert des cadres, je comprends mieux maintenant: j’ai été attiré par le côté tout neuf de tout. À son emplacement se tenait Le Relais de Reims, appellation beaucoup plus conforme à la proximité de la gare de l’Est, laquelle a entraîné la prolifération de restaurants type La Strasbourgeoise, Le Café de l’Est, Au comptoir de l’Est, Les Tramways de l’Est et de noms de rue comme la rue d’Alsace.

Certains résidents du Centre, ici, ont leur bibliothèque iTunes en mode partagé. Judith, que je ne connais pas, y a déposé quelques films. L’autre soir, j’ai regardé Control. Dans la foulée, j’ai téléchargé le best of de Joy Division.
Googlé le nom du chanteur, tombé sur le site d’un fan, qui s’est amusé à faire la liste exhaustive des concerts du groupe, avec dates, lieux, affiches, éventuellement photo de la salle et reproduction du billet d’entrée. Cliqué sur "Canterbury". Surprise: la salle portait un autre nom, mais j’ai reconnu le théâtre où, en 2002 ou 2003 (je ne me souviens plus), j’étais allé voir A View from the Bridge.

21 octobre 2010

Le silo de Railly

Éléphanteau devant escalier. Ou bien tour Eiffel suburbaine.

18 juin 2008

Industrie en verre(dur)

Je me souviens du concours lancé par la commune de Renens l'année où je présentais mon projet à Pully.
Je tombe sur la
page des lauréats.















Le tram avait longé, au nord, des entrepôts jaunes et blancs, des immeubles, des chantiers, au sud les voies du chemin de fer, dédoublées, et puis les doublées redoublées, et celles-ci nouvellement jusqu’à faire une ampleur de lignes recroisées et des reflets, et soudain, au-delà, le silo.
Il était tout neuf. C’était une tour de béton polygonale, deux façades grises aveugles, aboutées en trompe géométrique, la tête plantée d’antennes et couronnée de lames qui masquaient des ouvertures – les bureaux de l’Union des syndicats agricoles. C’était pour le grain. Ça dominait tout. Les voies fuyaient devant comme des anguilles.

21 mars 2008

14 décembre 2007

Couleur 3 ?

Extrait n°6

1er novembre 1990.
Alessandro écoute la cassette que Virgile a enregistrée.
Après manger, il regarde la télé, ensuite les murs de sa chambre.
Il doit apprendre un poème par coeur.



Lecture : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

26 novembre 2007

Una coppia in campagna

Lui è molto anziano.
Si alza presto tutte le mattine. Se ne va in campagna. Non dovrebbe andarci.
L'altro è suo figlio. Vivono insieme. Lavorano insieme. Da sempre.
Uno grida. L'altro non ascolta.
Quella mattina, me ne stavo in disparte. Li guardavo.
Non vedevo quello che vedo adesso.
L'aria di lui: fare, annodare, concentrarsi sui nodi.
L'altro: spento, triste, sognatore.
E poi un sorriso. Gli viene in mente qualcosa. Una cosa che non saprà mai nessuno, ma che lui sa benissimo.

Sono una coppia in campagna. È quasi primavera.

Lui est un vieillard.
Il se lève tôt. Il va dans la campagne. Il ne devrait pas y aller.
L'autre est son fils. Ils vivent ensemble. Travaillent ensemble. Depuis toujours.
L'un crie. L'autre n'écoute pas.
Ce matin-là, je me tenais à l'écart. Je les regardais.
Je ne voyais pas ce que je vois maintenant.
Son air à lui: agir, faire des noeuds, se concentrer sur les noeuds.
L'autre: éteint, triste, rêveur.
Puis, un sourire. Quelque chose lui vient, que personne ne saura jamais, mais que lui sait très bien.

C'est un couple dans la campagne. On est presque au printemps.
















20 novembre 2007

Bandes


12 novembre 2007

En dehors du halo des ampoules

Extrait n°4

La nuit tombe.
Bientôt seul dans le cimetière de Rocca Rossa, Carmelo se dit:
"Je suis sûr qu'ils vont m'oublier."



Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

22 octobre 2007

Tu dors ?

Extrait n°2

Avant la guerre, le grand-père était livreur.
Il livrait les petites villes de la côte et les villages reculés.
Sur les chemins, on faisait des rencontres.



Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

20 juin 2007

Je rentre demain

Je leur dis que je m’en vais. Certains disent que j’ai raison. Que j’ai de la chance de ne pas vivre ici. D’autres me demandent si je me suis plu dans le village. Ça m’a plu, oui. J’aimerais bien vivre ici, n’est-ce pas? Euh...

Circonstances.
Tous ils savent que j’étais ici. Tous ils savent qui j’étais. Ils m’ont vu passer avec ma Ford ou à pied, le Nikon en bandoulière. Ils m’ont vu, le casque sur les oreilles, pendant les élections.
Ils m’ont laissé faire. La plupart, je crois, approuvaient en silence. Ceux qui m’ont interpellé voulaient seulement officialiser leur accord. Comme hier, le correspondant local de la Gazzetta del Sud. 45 ans de chroniques, et quelques-unes dans le Corriere della Sera. Il a dit que j’ai un bel appareil photo. (Il sous-entend peut-être que je ferais mieux de viser autre chose que la station-service.) Ensuite, il m’interroge. Est-ce que je sais où se trouvait le village, à l’origine? Est-ce que j’ai vu les tombes creusées dans la colline? Un peu. Il montre la colline. Il marque son territoire. Je crois qu’au fond, il me dit que j’étais un invité, un simple invité. Je n’aspire à rien de plus.
Il fera un papier sur mon bouquin. – C’est en français. – Ah bon? On s’arrangera.
L’ami de mon cousin, samedi soir, m’a dit qu’il veut faire plus. Il veut organiser une fête pour le livre. Je dis que c’est un roman, que ça ne porte pas à proprement parler sur le village. Il dit que ça ne fait rien, que c’est un livre et que je suis d’ici.
Certains me disent que mon dialecte est parfait. Certains me disent que je parle italien comme un étranger – un étranger qui parle parfaitement l’italien, mais dont on sait, dès la deuxième syllabe, que c’est un étranger.
Mon grand-père, c’était le petit qui venait au bar de la place, celui qui n’existe plus? Oui. Mon père, c’est celui qui porte la moustache? Oui.
L’été est là. J’endosse mes habits d’été, mes habits colorés. Ils me disent que c’est plein de couleurs. Je leur dis que c’est mon uniforme de touriste. Sourire.
Un uniforme, pas un déguisement. Je me suis déguisé en villageois. Juste pour le printemps. Je vais ranger le costume dans le roman. Cela, je ne le leur dis pas.
Ils me disent bon vent.