Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.

18 juin 2008

Industrie en verre(dur)

Je me souviens du concours lancé par la commune de Renens l'année où je présentais mon projet à Pully.
Je tombe sur la page des lauréats.















Le tram avait longé, au nord, des entrepôts jaunes et blancs, des immeubles, des chantiers, au sud les voies du chemin de fer, dédoublées, et puis les doublées redoublées, et celles-ci nouvellement jusqu’à faire une ampleur de lignes recroisées et des reflets, et soudain, au-delà, le silo.
Il était tout neuf. C’était une tour de béton polygonale, deux façades grises aveugles, aboutées en trompe géométrique, la tête plantée d’antennes et couronnée de lames qui masquaient des ouvertures – les bureaux de l’Union des syndicats agricoles. C’était pour le grain. Ça dominait tout. Les voies fuyaient devant comme des anguilles.

18 mai 2008

Ce jeudi les passeurs de mots

liront des extraits de mon roman (toujours en cours d'écriture).

En l'espèce, Giorgio Brasey, Gaëlle Graf et Marie-Aude Guignard nous attendent ce jeudi 22 mai dès 20h30 au café-théâtre Le Pois Chiche, avenue de Morges 119 à Lausanne (entrée par le Café de l'Ouest).

"Le fleuve n’était pas impétueux comme les jours derniers. Son lit s’était amenuisé. Des îlots de sable et de pierraille s’étaient formés. Rocco vit des femmes, sur la rive, qui gesticulaient. Elles faisaient des signes aux enfants qui revenaient de Sulleria, de l’école. Ils coupaient par le fleuve. Pas besoin d’aller jusqu’au pont. Elles leur indiquaient quel îlot emprunter pour traverser. Certaines mères, inquiètes, les avaient rejoints et elles revenaient vers Granì, de l’eau jusqu’aux cuisses, portant un enfant sur leurs épaules.
Les enfants qui n’étaient attendus par personne sautillaient au hasard, se lançaient des cailloux. Un groupe s’était détaché et, plutôt que de monter au village, s’était dirigé au pied de la colline, vers l’ancienne église. Rocco les remarqua.
Il ne voyait pas l’église depuis le chemin. Mais il la connaissait et il savait ce que les enfants allaient chercher là-bas : les ossicini, les petits os des enfants avortés. Les petits os des morts qui n’avaient pas été baptisés. On les avait retrouvés dans les murs, tout au fond des orifices dont ils étaient parsemés."

30 avril 2008

Vers le roman V

J’ai lu une interview de Jérôme Meizoz. Il a fait des études. Nouveauté dans la famille. Il écrit. Dans son dernier livre, il parle de son père.
Je pioche au hasard :
"Mon père a voulu que l'on fasse des études, parce que c'était la génération de la démocratisation des études […]. En même temps, ces études m'ont jeté dans un monde qui n'avait plus guère de rapport avec celui de mon père. […] Les enfants de ces ouvriers devenus, grâce à la démocratisation scolaire, des enseignants, des psychologues, ont le sentiment d'une dette à l'égard de ce milieu qui n'est plus le leur et qui se meurt. Des enquêtes ont été menées sur la photographie mémorielle dans la région de la Lorraine: beaucoup de ces jeunes essayent, en prenant en photo l'usine où travaillaient leurs pères, de se réapproprier un bout de mémoire. […] Maintenant, la question que je me pose, c'est si la vision des ouvriers que je transmets dans mon texte n'est pas sans le vouloir celle des lettrés."

Il m’est arrivé quelque chose, ces jours-ci, en écrivant.
J’avance. Je cherche mes mots. «Fouine» me vient, puis «rousseur». En me relisant, je lis «fouine», puis «rousseurs» et soudain je pense à Jacques Chessex.
Sentiments mêlés. D'abord, j’éprouve un sentiment inattendu d’appartenance. C’est comme si les mots faisaient le Jura et familier tout de suite (ce sentiment est mâtiné de celui, assez jouissif mais extrêmement bref, de me prendre pour Jacques Chessex).
Ensuite, je suis embêté parce que, dans le passage en question, je suis avec un ouvrier dans le tram des années soixante et l'ouvrier n’est pas Chessex (moi non plus, je dois en convenir). Alors, est-ce qu’il voit la rousseur vers le Jura? En un sens, oui: si c’est roux, c’est roux... Mais pourquoi pas «rouille» aussi, ce serait mieux peut-être? Encore une fois, je me relis et je conclus que non, cette translation des qualités, non, ça ne va pas…
Ici, ça ne va pas. Ailleurs, des fois, ça va.

12 avril 2008

SRG SSR idée suisse

La SRG SSR idée suisse, l’organe faîtier des chaînes radio et télé publiques du pays, propose une semaine d’émissions diverses autour des migrants, en mettant l’accent sur la question de l’intégration. Sa branche romande a notamment créé pour l’occasion un site internet accueillant des témoignages filmés. (Pour l'heure, seuls trois Italiens ont uploadé une vidéo. Et deux «personnalités» se sont prêtées au jeu: le témoignage de Massimo Lorenzi est particulièrement habité.)
Sur Espace 2, par exemple, on peut écouter une émission sur les politiques migratoires de la Suisse, une autre sur les sans papiers, une autre sur les écrivains qui s’expriment ou non dans une des langues nationales, etc.
Ayant consulté le programme complet, je ne peux m’empêcher de noter la présence extrêmement discrète des Italiens, qui auraient offert, me semble-t-il, une vaste palette d’expériences en matière d’intégration. C’est d’autant plus regrettable que le site de Swissinfo rappelle, dans sa colonne faits marquants, que les Italiens forment aujourd’hui encore la communauté étrangère la plus importante de Suisse, avec presque 300000 ressortissants. Mais ils font sans doute moins recette que le voile islamique et sont moins télégéniques que la BMW de Johan Djourou.
Ou bien, ils sont trop vieux.
Vous me direz : «Pauvre petit… Tu fais la moue ?»
Un peu, oui.

Italofoni, visitate il sito Noi altri della RTSI; vi potrete ascoltare una ragazza che parla dei nonni emigrati e poi tornati in Sicilia; brani di un programma nato negli anni sessanta e destinato agli immigrati; un’altra ragazza, di Sant’Agata di Militello, che è tornata dalla Svizzera all’età di sette anni e ne conserva tanti ricordi con un munchio di terra; infine un documento sulle scelte dei pensionati, che non sanno (anche se pensano di saperlo dapprima) se rimanere in Svizzera o tornare in patria.

05 avril 2008

Donc le temps est venu...

Donc le temps est venu de les rassembler, tous les autres,
Tous ceux que j'ai perdus dans les coins obscurs de ma vie
Ou qui d'eux-mêmes détachant leur ombre de mon ombre
Attendent là butés sans comprendre ce qu'ils attendent
Contre un mur au fond d'une chambre où nul ne les saura.
Me voici devenu plus trouble qu'eux, bien trop étroit
Pour me diviser de nouveau; si faible,
Que remonter le flot qui s'étale, je ne peux pas.
Il faut pourtant les retrouver l'un après l'autre
Et les convaincre avec des mots précipités presque inaudibles
De me suivre: en bas au tournant je leur dirai pourquoi.
Mais le plus proche se détourne et ne veut pas m'entendre;
Il a peut-être peur de moi, peut-être tous les autres,
Sauf le plus lointain qui sourit, qui ne me connaît pas,
Et ses yeux d'espérance et d'oubli déjà m'effacent.

Jacques Réda, La tourne, 1975.

21 mars 2008

Biftecks et sommiers


12 mars 2008

Le temps des immigrés italiens en Suisse

Le cours, animé par Raymond Durous, a pris fin début mars.
J'ai pu enregistrer les séances.
Nous avons regardé des films, écouté des chansons, discuté.
Ci-après, les liens vers ce qui s'est dit et entendu au cours des six séances.

  1. Siamo italiani
  2. Braccia sì, uomini no
  3. Il Treno rosso
  4. Pagine di vita dell'emigrazione
  5. Statut: saisonnier
  6. Lo Stagionale

09 mars 2008

Vers le roman IV bis

Soyons clair.
J’ai envie de décrire mon avenue, mon locatif, les buissons, le container bleu foncé où on jetait les bouteilles (le verre blanc, le verre brun, le verre vert), les terrains autour de la serre d’Albert Pittet Fleurs, le raccourci interdit vers le collège et ce qu’il y avait derrière les taillis, où je ne suis jamais allé, mais qui avait sans doute déjà la saveur de l’indistinct (savoir seulement qu’il y avait de petites maisons ou des ateliers avant le mur anti-bruit).
J’ai envie et je n’y arrive pas. Forcément: pourquoi nier le fossé qui sépare le langage du réel, alors que je m’en accommode si bien quand il s’agit d’écrire le cheminement du grand-père dans une île mythologique? Je m’échine des heures sur les bacs en ciment qui bordent l’allée du stade; j’ai acheté un livre sur la flore de Lausanne et de sa région; très souvent, j’ai failli chercher pour de bon la thèse dont on m’avait parlé, d’une biologiste qui a travaillé sur… je ne sais plus... les mauvaises herbes de la vallée du Flon, ou de ce qu’il en reste; j’ai acheté aussi Comment ça tient? et La Maison de A à Z et le volume La Gestion de chantier de la collection "Guide des métiers du bâtiment": treillis soudés, moellon, granulats…
Mais ça ne tient pas debout. C’est un mur qui ne ressemble à rien et je vais droit dedans…
J’avais noté, dans un des premiers messages du blog, l’importance de tenir pour caduc le monde des personnages, même celui d’Alex. Quelle naïveté! La caducité, c’est le refrain du curseur intermittent de tous mes documents Word! Et je mesure chaque jour davantage l’éloignement de l’avenue et de la pelouse et du magasin de boguets et de cette cour d’école à l’ancienne que je traversais et qui n’était pas ma cour.

28 février 2008

Vers le roman IV

Le plus dur (et de loin), c'est Alex.

Le grand-père et le père ont une vie en touffes: des touffes d'images, des époques coagulées, des récits qui font eux-mêmes les distances et des ruisseaux limpides. Tout est isolé.

Le fils est absent. Caché par son agir médiocre. Il n'est qu'opacité.
Philippe m'a dit: tu aimes le grand-père, tu aimes le père; Alex est rêche.

Le grand-père et le père ont des "chapitres". Alex un "chantier": le collège; la télévision; l'ignorance. Tubes. Dalles. Isolation défectueuse. Pas de linéarité. Des bouts et du copier-coller.

Je reprends à zéro.
La chaîne hi-fi. Ne pas savoir le nom des choses. Rendre à l'univers son harmonie originelle.
Adolescence.

Petite voiture.

Trouver Alex.

16 février 2008

Isolitude

Dans son Musée des ombres - qui, je crois, n'a pas été traduit -, Bufalino décrit les lieux, les métiers, les visages et les langages d'un temps et d'une culture défunts. Ce n'est pas le Far-West, c'est le Far-Sud, dit la quatrième de couverture. Il commente ici les deux proverbes suivants: ‘L'omu solitariu o è armali o è Diu.’ (L'homme solitaire est un animal ou il est Dieu.) ‘Sulità sanità.’ (Solitude sainteté.)

"Île et solitude font isolitude. Souvent, il m'a plu de recourir à ce mot inexistant pour traduire le sentiment d'être sicilien. Seuls dans l'incendie de juillet, lorsque l'on n'oit qu'une cigale s'épancher dans la torpeur immobile de la plaine; et le garde à cheval, fusil en bandoulière, qui surgit de l'horizon, ne semble pas tant provenir des stéréotypes d'un film ou d'un livre que précéder, porte-enseigne, une horde de fantômes corpulents... Seuls sur une terre qui, tourne et retourne, dans quelque direction que l'on aille, cesse contre une barrière de mer; une terre aux boyaux de lave, qui tressaute sur les eaux comme une barque à tous vents, disposée comme aucune autre aux naufrages, aux catastrophes... Seuls, enfin, dans un lit: ne rêvant à personne; rêvés par personne... Il en ira pour la solitude d'un double destin. Elle sera tantôt subie comme un stigmate, tantôt vantée comme un blason: selon que le proscrit obéit à une urgence de socialité et de compagnie; ou, au contraire, dans un sursaut d'orgueil, qu'il revêt entre les quatre murs de sa tanière la couronne du saint et du Père éternel."

Gesualdo Bufalino, Museo d'ombre,
Bompiani, 1993 (nuova edizione accresciuta).

05 février 2008

De grands blocs de petits avantages

"[Dans les années soixante, l']expansion continue de la conjoncture transformait également les paysages campagnards et urbains. Les villes prirent de nouvelles dimensions en hauteur et en étendue, et les formes architecturales traditionnelles, qui donnaient à chaque localité son cachet particulier, firent place à de grands blocs cubiques et dépouillés. Le réseau routier s'étendit, se couvrit d'asphalte et de béton, sans pour autant suffire à drainer un trafic toujours plus intense. L'eau se mit à sentir les détritus, l'air à puer les gaz d'échappement, et le bruit des moteurs devenait un fond sonore permanent. Mais l'attention se fixait sur un autre changement: l'immigration massive de travailleurs des pays méditerranéens, qui s'installaient petit à petit dans toutes les régions du pays, s'engageaient dans toutes les branches de l'économie, introduisaient leurs familles dans les immeubles locatifs et leurs enfants dans les écoles. Souvent plus bruyants et plus vivants, moins soucieux d'ordre et de propreté que les indigènes, que les Suisses allemands en particulier, les immigrés apparaissaient parfois plus habiles à décrocher de petits avantages.
[...] Un nouveau réflexe défensif apparut, dirigé contre ce qu'on nomma la surpopulation étrangère; il culmina lors de la votation populaire du 7 juin 1970, qui connut un taux de participation record (75% des électeurs masculins); 46% des votants se retrouvèrent avec James Schwarzenbach pour demander le renvoi d'environ 400000 étrangers. C'était une brèche sérieuse dans le consensus national."

Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses,
Lausanne: Payot, 1998 [1983], p. 839.

08 janvier 2008

Bonne année et le point

Bonne année à tous les lecteurs du Transblog!

Le point sur la situation: avec mes deux heures de travail quotidien sur le roman, mon manuscrit a fini par atteindre la centaine de pages aux alentours de Noël. Je compte maintenir le cap jusqu'en été.

J'ai participé à The "Call me I'm an artist" Project, à l'initiative de naphtaline, en novembre et décembre derniers. Le projet suit son cours.

Une lecture d'extraits choisis du roman est au programme des "Jeudis des passeurs de mots", au café-théâtre Le pois chiche, à Lausanne, le 22 mai prochain:


Si le Transblog ne figure pas encore au top 100 de la blogosphère (mais n'est pas trois millions cinquante-trois mille cent cinquante-septième qui veut), sa version audio, en revanche, cartonne sur Arteradio (enfin, presque).

Last but not least, je me suis inscrit à un cours de l'Université Populaire de Lausanne qui débute fin janvier. Il s'intitule "Le temps des immigrés italiens en Suisse". Il reste des places!

14 décembre 2007

Couleur 3 ?

Extrait n°6

1er novembre 1990.
Alessandro écoute la cassette que Virgile a enregistrée.
Après manger, il regarde la télé, ensuite les murs de sa chambre.
Il doit apprendre un poème par coeur.

video

Lecture : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

07 décembre 2007

Antonioni

J’ai vu récemment plusieurs films d’Antonioni. Ce qui m’a frappé, c’est la récurrence de paysages entre deux eaux.

Un canal, un pont, des gens qui travaillent et puis personne.
La tribune vide d’un hippodrome ou d’un vélodrome, un chemin de halage, rendez-vous d’anciens amants.

Un village, une usine.
Une villa cossue, une jeune femme en sort, au loin des barres.
Un château, des chevaux, des immeubles au travers de la forêt.

En Sicile, un village fantôme, des courbes modernes. Rusticité, géométrie.

Ça me frappe, parce que j’étudie cela. Prestige intellectuel de l’ambivalence.

Ça n’a rien à voir: une interview du maître, il dit «vous n’imaginez pas comme elle est médiévale», il entend la société, là-bas, les attardés, cent hommes reluquant une actrice.
Dans L’Avventura, je reconnais la gare. J’imagine: le maître tourne la scène. Au même instant, à cinq cents mètres à vol d’oiseau, les paysans.
Parce que les attardés, ça se passe dans une ville. Alors, les paysans, on n’imagine même pas…

À l’origine de mon projet, tout ce qui sépare les représentants de trois générations. Et là, déjà, entre Antonioni et les grands-parents, trois, quatre ans de différence – mais des années-lumière.

26 novembre 2007

Una coppia in campagna

Lui è molto anziano.
Si alza presto tutte le mattine. Se ne va in campagna. Non dovrebbe andarci.
L'altro è suo figlio. Vivono insieme. Lavorano insieme. Da sempre.
Uno grida. L'altro non ascolta.
Quella mattina, me ne stavo in disparte. Li guardavo.
Non vedevo quello che vedo adesso.
L'aria di lui: fare, annodare, concentrarsi sui nodi.
L'altro: spento, triste, sognatore.
E poi un sorriso. Gli viene in mente qualcosa. Una cosa che non saprà mai nessuno, ma che lui sa benissimo.

Sono una coppia in campagna. È quasi primavera.

Lui est un vieillard.
Il se lève tôt. Il va dans la campagne. Il ne devrait pas y aller.
L'autre est son fils. Ils vivent ensemble. Travaillent ensemble. Depuis toujours.
L'un crie. L'autre n'écoute pas.
Ce matin-là, je me tenais à l'écart. Je les regardais.
Je ne voyais pas ce que je vois maintenant.
Son air à lui: agir, faire des noeuds, se concentrer sur les noeuds.
L'autre: éteint, triste, rêveur.
Puis, un sourire. Quelque chose lui vient, que personne ne saura jamais, mais que lui sait très bien.

C'est un couple dans la campagne. On est presque au printemps.
















20 novembre 2007

Bandes


12 novembre 2007

En dehors du halo des ampoules

Extrait n°4

La nuit tombe.
Bientôt seul dans le cimetière de Rocca Rossa, Carmelo se dit:
"Je suis sûr qu'ils vont m'oublier."

video

Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

06 novembre 2007

Bob Dylan John Geloso

«Avec Dylan, pour l’écrivain, ce qui est génial, c’est qu’il n’y a pas à inventer. Ce qui me hérisse de plus en plus, c’est fabriquer du simulacre de réel en s’imaginant qu’on va mieux le comprendre. Au contraire: à quel endroit, à mesure qu’on approche le langage du réel, il reste une énigme? À cet endroit-là, on peut la faire vivre quand même, mais on doit la faire vivre sans simulacre.»
François Bon chez Alain Veinstein

Je me souviens de Jérôme, qui m’a demandé: pourquoi le roman? Le roman, ici, admettons que c’est le simulacre.
Cette semaine, la bribe de réel, le souvenir de mon père, c’était la télé au village, depuis la fin des années cinquante. Deux télés dans le village, dont une à l’église.
Je me mets au travail: où, dans l’église? et comment, la télé? J’opte pour la sacristie et je trouve une image, un appareil Geloso. Alors, je simule. Je vois distinctement le Geloso dans la sacristie. Ça me plaît. Et à la fin, j’ajoute une bribe, la bribe Hitchcock. J’ai fabriqué un truc.
Ce qui est sûr, c’est que je ne m’imagine pas que je comprends mieux (donc je me sens à moitié concerné). J’invente (je n’invente rien, je déplace) pour faire voir. Et l’idée serait aussi de faire vivre, tant qu’on y est.
À Jérôme, j’ai répondu quelque chose autour de l’émotion et aussi que c’était le genre imposé par la Fondation et j’aurais dû ajouter que ça s’impose tout court: écrire, c’est écrire des romans.
Mais s’il s’agit d’aller vers soi-même, comme dit aussi François Bon, alors je peux dire que, gamin, quand je rentrais de Sicile, je voulais raconter. Et, maladroitement, j’essayais déjà de ressembler au roman.
Les mots, ça ne ressemblait pas au réel. Et l’énigme, ça me dépassait.
Donc, j’essaie d’être fidèle au simulacre.

29 octobre 2007

Vers le roman III

Une phrase. Je l'ai tournée dans tous les sens. Rien n'y fait. Il y a trois "o" dedans. Trois "o", c'est trop. Il y a "mot", le mot. Et deux prénoms qui finissent par "o". Je dois sacrifier un "o", au moins un.
Je devrais remplacer "mot". C'est logique. "Mot" n'est qu'un mot. Tandis que les prénoms sont des prénoms: ils charrient. Les noms communs peuvent aussi charrier, mais c'est différent. On peut les délester, les déplacer. Pas les prénoms. Les prénoms sont des personnages. Si on les déplace, tout se déplace avec eux.
J'essaie encore.
Mais non. J'ai besoin de "mot". C'est de lui que j'ai besoin. Alors les prénoms... Les prénoms, logiquement intouchables, je me mets à les considérer, à les reconsidérer.
C'est absurde. Incontestablement. Ce prénom, celui-ci, je pourrais le changer. C'est vrai. Je pourrais. Mais je vais devoir le changer partout. Et ça va changer mon personnage. On ne porte pas impunément son nom. Et les parages du nouveau nom, leur modelé, leur allant, vont changer aussi. Telle phrase n'ira plus. Telle autre s'affaissera.
Peut-être. Ce n'est pas sûr. Pour être sûr, il faudrait essayer. Choisir un prénom, le voir à l'oeuvre.
J'essaie. C'est long.
Finalement, c'est vrai, les contours ont changé. Le personnage et l'air qu'on y respire ne sont plus tout à fait les mêmes. On respire encore, néanmoins. Tout est encore debout.
Soit. Je reviens à la phrase, la phrase avec "mot", le mot. Je peux le garder maintenant. Le nouveau prénom finit par "a".
C'est parfait.
Il n'y a plus que deux "o". Et pas d'autre "o" dans les parages immédiats.
Oui, mais...
Il y a ces "a"...

22 octobre 2007

Tu dors ?

Extrait n°2

Avant la guerre, le grand-père était livreur.
Il livrait les petites villes de la côte et les villages reculés.
Sur les chemins, on faisait des rencontres.

video

Voix : Georges Brasey
Image : Sandro Santoro
Assistant image : Fulippu

19 octobre 2007

Erratum 2

Pardon!
Sorry!
Scusate!

Comme je suis bien évidemment devenu accro à Google Analytics, j'ai fini par comprendre (un peu) comment interpréter les statistiques... et le fait est (je crois) qu'il n'y a pas un, mais plusieurs visiteurs réguliers du site!

Hourra!

Il y en a au moins une demi-douzaine!

Merci à ces lecteurs fidèles!
Thank you for visiting my blog!
Grazie a voi tutti, lettori italiani!

15 octobre 2007

Erratum

Sorry San!

12 octobre 2007

Un an déjà

Il y a un an déjà que j'ai commencé le transblog. J'écrivais: un an pour écrire le roman.
Le roman n'est pas terminé. Je continue à écrire. Je continue aussi le transblog.
Il y a quelques jours, j'ai découvert Google Analytics. Ce sont des statistiques. Désormais, j'ai la certitude que le transblog n'est visité régulièrement que par une seule personne. Je n'ai qu'un lecteur.
Je le connais. Il en vaut mille.

Alors sache, lecteur, que je n'écris que pour toi.

Pour fêter cet anniversaire, j'ai acheté un nom de domaine. Dès aujourd'hui, ce site est accessible à l'adresse suivante:

www.letransblog.net

Qu'en dis-tu, lecteur?
J'en suis très content.

06 octobre 2007

Vers le roman II

J'ai terminé un nouveau chapitre. Je relis mes notes, personnelles ou de lecture, avant de lancer le suivant. J'écoute aussi des enregistrements.
Listes. Brainstorming. Hypothèses.
Je pourrais y aller... Mais un doute m'assaille. Je crains de n'être pas assez armé en "expérience vécue". Il faudrait peut-être interroger encore les concernés.
Pourtant, je sors d'un chapitre où, précisément, j'ai su, je crois, marier les mots et les choses, c'est-à-dire écrire en laissant leur part aux témoignages et à l'invention.
Cela ne suffit pas. Pire encore... N'ai-je pas succombé aux délices du romanesque?
Attention! Attention au romanesque! J'y ai droit, dans une certaine mesure. Je me suis accordé ce droit, pour différentes raisons, notamment pour les épisodes les plus reculés. Mais j'en ai peut-être abusé...
Difficile. Écouter. Épouser. Écrire. Rester concentré. Ne rien figer. Ne pas lâcher.
Bon. Demain, je lui pose mes questions. Soit.
Après-demain, j'écris.
Allez.

29 septembre 2007

Deux extraits

J'ai mis deux extraits du roman sur l'audioblog.
Ils mettent en scène le père, puis le fils, au même âge.
C'est Sandro qui les a lus.
Le père
Le fils

17 septembre 2007

Pétards la joie

«Bisogna proprio dire, osservai, parlando con Alessandro, che le vostre feste sono essenzialmente… rumore!
– Voscenza sappia, mi rispose, che la gioia si esprime coi suoni. I rumori di oggi sono niente paragonati a quelli che rallegravano le feste di quand’ero bambino. In piazza e nelle principali vie del paese si stendevano file di mortaretti grandi e piccoli, collegati da una miccia; appena si dava fuoco a questa, i botti si susseguivano con grande rapidità, e l’intero paese era scosso dal fragore, anche per un’ora di seguito. San Giuseppe, aggiunse, è di legno e non è proprio sicuro che possa udire i nostri urli e la banda e il panegirico del prete, ma i mortaretti… quelli, è sicurissimo che li sente.»
Louise Hamilton Caico, Sicilian ways and days, 1910
(trad. Renata Pucci Zanca)

Que l’Italie ait remporté le Mondial, j’en tressaille encore (j’en avais remporté un autre, à ma manière, deux jours auparavant). Ma joie n’a éclaté qu’avec un temps de retard, parce que je croyais que le penalty de Fabio Grosso n’était pas décisif, qu’un Français devait encore tirer après.
L’explosion m’a corrigé.
Nous sommes montés à Saint-François. Il y avait des pétards. On était là. Pétards. On chantait. Pétards. On sautait. Pétards. Pléthore de pétards. Finalement, les pétards, ça nous a ennuyés. Des pétards, d’accord. Que des pétards, non. Alors, nous sommes partis.

Je sais qu’en Italie, la pyrotechnie grève le budget du moindre patelin. Fête du Saint Patron: boucan d’enfer. Au point que, lors de mon premier Premier Août, j’ai cru que les feux, c’était une blague. Comment? Déjà fini? Vous avez entendu quelque chose?
Le soir de la finale du Mondial, j’aurais bien aimé que ça ressemble au Premier Août : pas trop long, pas trop fort. Ils m’ont gâché Saint-François, ces p’tits cons.
Evidemment, dire cela me classe illico dans les vieux. Vous savez, ceux qui disent: 1982, c’était mieux. Pas de tirs au but. Pas de coup de boule. Et pas – ou moins – de pétards.

Comment sauver 2006? Eh bien, en faisant remarquer que les pétards, la pléthore de pétards, ne sont pas une vogue passagère, mais une discipline consacrée. Plus on remonte le temps, plus les villages pétaradent. En Sicile, une mèche interminable était tendue dans les ruelles, une guirlande de pétards. L’explosion était ininterrompue. Ça pouvait durer une heure. On cassait la vaisselle. Les vitres volaient en éclats. La joie s’exprime avec les sons, disait Alessandro à Mme Hamilton.
À Saint-François, cette nuit-là, les pétards, c’était peut-être la résurgence de cette joie. Même le saint l’a entendue, peut-être.

Je me dis ça maintenant. Ça ne me rajeunit pas pour autant.

10 septembre 2007

Vers le roman I

«Pirandello distingue ‘scrittori di cose’ e ‘scrittori di parole’. Credo di appartenere alla prima categoria. La singola parola suggerisce, suggestiona, dispiega immagini. Una parola può accadere in me come elemento scatenante, ma molto mi deprimerebbe sentirmi dire che sono, nel senso pirandelliano, scrittore di parole.»
(14 domande a Leonardo Sciascia)

R. a reçu une lettre. Je pars de cette chose: il a été convoqué.
Je n’ai rien d’autre pour écrire. Mais je dois écrire. J’essaie.

Ce qui me vient, c’est qu'il devine, qu’il sait ce qu’il y a dans la lettre. J’écris: «Il le sait.»
Et puis, plus rien. Ou pas grand-chose.
Difficile.

Alors, je me dis: «Tiens, il sait.» Il y a ce mot: «sait». R. sait. C’est quelqu’un qui sait. Un court instant, son savoir n’est plus seulement le savoir de ce qu’il y a dans la lettre. Il est le savoir tout court. «Moi, je sais.» Sous-entendu: les autres non. Donc le savoir comme trait de caractère.
Alors, je retrouve la chose. C’est-à-dire que je me souviens de quelque chose. On m’a dit qu’il était plus intelligent que les autres, qu’il se sentait plus intelligent que les autres.
Très bien: donc il sait ce qu’il y a dans la lettre; en général, il sait… et j’ajoute: mais là, il ne sait pas; il ne sait pas ce qui l’attend.

Oui, oui. Excellent.
Il sait. Toujours, il croit savoir. Mais on ne peut pas tout savoir.
Avec ça, je peux continuer. Avancer un peu.

Avant la prochaine difficulté.

03 juillet 2007

Ke ke ke ke ke

Là-bas, j’ai lu les Chroniques de l’oiseau à ressort. Son cri, c’est Ki kii kiii (en traduction).
Quand je travaillais, j’ouvrais les fenêtres. Je voyais la terrasse, le mur de séparation et je devinais un jardin, la cime des citronniers, puis la via Dante et le mont qui surplombe le village. En fin d’après-midi, un oiseau faisait: «Ke ke ke ke ke», entre le pépiement et le volètement des autres. Je ne connais pas le nom des oiseaux.
- Peu importe, dirait Toru Okada.

Je suis rentré. La semaine dernière, j’ai travaillé deux jours au gymnase de Beaulieu. Un soir, je rentre chez moi. Je marche rue du Maupas. Lentement, je détaille les maisons, les arbres et… «Ke ke ke ke ke»… J’entends l’oiseau. Il existe ici aussi.
- C’est le même, dirait Toru Okada. Il est venu jusqu’ici. Il se déplace, c’est son travail.
Je suis moins cosmopolite dans l’âme. Je croyais que l’oiseau n’appartenait qu’à ce jardin, qu’à cette île et qu’il me séparait du reste du monde.
Je suis resté sans bouger un long moment, cherchant à l’apercevoir.
- Inutile, dirait Toru Okada.

À la maison, hier soir, je réécoute des enregistrements. Il est tard. La cloche sonne… Spontanément, et très vite, je cherche à localiser son origine, et dans le même temps, je m’étonne à nouveau de sa ressemblance avec la cloche du village. Est-ce que ça vient de la chapelle, de l’autre côté, vers le chemin de l’Usine à gaz? Ou… Imbécile: ça vient de ton ordinateur; c’est bien la cloche du village, tapie sous la voix de Giovanni.

J'ai pensé: même oiseau, donc même son de cloche. Je tire des leçons à chaque heure du jour.
Où est-ce que j’ai la tête?
Ça m’apprendra.

20 juin 2007

Je rentre demain

Je leur dis que je m’en vais. Certains disent que j’ai raison. Que j’ai de la chance de ne pas vivre ici. D’autres me demandent si je me suis plu dans le village. Ça m’a plu, oui. J’aimerais bien vivre ici, n’est-ce pas? Euh...


Circonstances.


Tous ils savent que j’étais ici. Tous ils savent qui j’étais. Ils m’ont vu passer avec ma Ford ou à pied, le Nikon en bandoulière. Ils m’ont vu, le casque sur les oreilles, pendant les élections.


Ils m’ont laissé faire. La plupart, je crois, approuvaient en silence. Ceux qui m’ont interpellé voulaient seulement officialiser leur accord. Comme hier, le correspondant local de la Gazzetta del Sud. 45 ans de chroniques, et quelques-unes dans le Corriere della Sera. Il a dit que j’ai un bel appareil photo. (Il sous-entend peut-être que je ferais mieux de viser autre chose que la station-service.) Ensuite, il m’interroge. Est-ce que je sais où se trouvait le village, à l’origine? Est-ce que j’ai vu les tombes creusées dans la colline? Un peu. Il montre la colline. Il marque son territoire. Je crois qu’au fond, il me dit que j’étais un invité, un simple invité. Je n’aspire à rien de plus.


Il fera un papier sur mon bouquin. – C’est en français. – Ah bon? On s’arrangera.


L’ami de mon cousin, samedi soir, m’a dit qu’il veut faire plus. Il veut organiser une fête pour le livre. Je dis que c’est un roman, que ça ne porte pas à proprement parler sur le village. Il dit que ça ne fait rien, que c’est un livre et que je suis d’ici.


Certains me disent que mon dialecte est parfait. Certains me disent que je parle italien comme un étranger – un étranger qui parle parfaitement l’italien, mais dont on sait, dès la deuxième syllabe, que c’est un étranger.


Mon grand-père, c’était le petit qui venait au bar de la place, celui qui n’existe plus? Oui. Mon père, c’est celui qui porte la moustache? Oui.


L’été est là. J’endosse mes habits d’été, mes habits colorés. Ils me disent que c’est plein de couleurs. Je leur dis que c’est mon uniforme de touriste. Sourire.


Un uniforme, pas un déguisement. Je me suis déguisé en villageois. Juste pour le printemps. Je vais ranger le costume dans le roman. Cela, je ne le leur dis pas.


Ils me disent bon vent.

19 juin 2007

Nouveaux extraits sur l'audioblog

J'ai continué à enregistrer des entretiens et des ambiances.
Pour ceux qui ne les ont pas déjà écoutés:
Giovanni
Zia Peppina
Mariano
Zia Rosa

Autres sons

12 juin 2007

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07 juin 2007

Zoom

Sur la chaîne de télévision locale RTP, le programme "Zoom" propose des vues de Messine: carrefours, abribus, ordures, structures en béton, pylônes penchés, obturations, etc. Sans commentaire. Avec un accompagnement musical, plutôt morose.
En fait, il s'agit d'un état des lieux, d'un éventail des déprédations et des absurdités du mobilier urbain. Graffiti. Déchets. Flaques rances, taches d'humidité. Mais aussi passage pour piétons qui ne débouche sur rien. La caméra fixe le sol et se relève lentement jusqu'à découvrir, de l'autre côté de la rue, non pas un trottoir, mais une barrière en tôle ondulée.
Feu vert: droit contre un mur.
Corbeille sur le trottoir. Chaussée défoncée. Passage souterrain bouché par des cuisinières, des cadilles, des paquets de journaux, et une garde-robe virtuelle, dont on devine les replis par tous les interstices.
Quand le clip se termine, un numéro de téléphone où signaler d'autres trésors.
Messine, en somme, mais pas depuis le Détroit (étagements de façades qui miroitent sous le soleil droit devant soi, et les monts, quand on est sur le bateau): la ville par le canal, l'écoulement empêché, les vitrages opaques.

Il fait assez chaud. J'ai le droit d'abuser des granite. Je n'en donnerai pas la recette. C'est la même depuis trois générations. Au café ou au citron. Granita caffè con panna. Avec de la crème et une brioche. Des fois, je saute un repas pour elle.
Les citadins prétendent que celle de Messine est imbattable. Je ne suis pas d'accord. J'ai mes raisons. J'ai parfois la mauvaise idée de les exposer en long et en large à des amis. Ils sont venus jusqu'en Sicile. Ils viennent de se lever. La granita est posée devant eux. Ils ne demandent pas mieux que de l'ingurgiter. Mais je parle. Je parle, je détaille avec emphase les raisons, le pourquoi ils sont sur le point de vivre une expérience hors du commun.
Finalement, ils se lancent... Que dire? Tout tombe un peu à plat après ma rhétorique. Je suis déçu. J'aurais voulu qu'ils tombassent, que leurs chaises se renversassent, qu'ils criassent au miracle. Il vaut mieux se taire et laisser agir. J'y penserai la prochaine fois.

25 mai 2007

En campagne


Les élections au village.
Les philippiques I
Les philippiques II


23 mai 2007

Erri a Catania


Près de la Piazza Bellini – qui est en réfection – au rez d’un ancien palais gris lave, le Tertulia propose une terrasse. Il est quinze heures.

C’est un café-librairie. Elle choisit le dernier roman de Simonetta Agnello Hornby. Je tombe sur le premier livre d’Erri De Luca. Quelqu’un m’a parlé de lui, le soir de la remise du Prix Fems. Cela pourrait m’intéresser.

On s’installe. Deux cafés, deux verres d’eau et quatre biscuits saupoudrés de cacao nous suivent.

Non ora, non qui. Naples. Une enfance pauvre. Les parents ne parlent pas le dialecte, mais l’italien. C’est leur façon de rester la tête hors de l’eau.

En face de moi, une avenue, une rue adjacente et entre les deux un immeuble en fer à repasser. Même couleur gris lave que le palais, le dôme et tant d’autres édifices.

Déjà elle est plongée dans le roman. La rumeur de la ville est faible, à cette heure. Mais derrière moi, un magma sonore: les travaux de réfection de la place – petite grue crissant sur l’asphalte, perceuses, coups de marteau. Sur l’avenue, une moto, un bus. Des gens qui passent. Ça bourdonne quand même. Jamais de silence.

Saveur des phrases. Lumière des pages du livre. Enfant, il balbutiait. Serrements. Étroitesse de la rue. Exiguïté de la chambre. Serrements de dimanche. Serrements de ville, dont il a peur. Un père. Les femmes qui se hèlent de bas en haut, d’une fenêtre l’autre.

Tout de suite, impression que cela m’est adressé. Rare.

En face, haut sur l’immeuble, un balcon très étroit court, tourne à la pointe du fer et disparaît de l’autre côté. Ça et là, des hublots blancs. Accroché à la façade, un lampadaire art nouveau. Portes-fenêtres et pare-soleil aux fines lamelles roussies.

Nobles la corniche, les cadres sculptés, les encorbellements. Prosaïques le tuyau d’écoulement, la peinture du rez-de-chaussée, le panneau: interdit aux camions.

Elle a levé la tête. Elle ne dit rien. Elle aussi, je crois, s’est glissée dans une poche, une petite poche de sensibilité – exacerbée et vaporeuse tout à la fois.

J’imagine.

Non ora, non qui.

Soleil, aridité future.

Je sens sourdre une immense volonté d’écrire.

20 mai 2007

Si quelqu'un chante là dedans


L'autre jour, j’ai emporté l’ordinateur chez mon grand-père. Je voulais savoir si je pouvais me connecter à internet depuis sa ligne téléphonique.
Avant de partir, je lui ai mis le casque sur les oreilles pour lui faire écouter sa propre voix, son récit de la vente du cheval. Il a souri, mais n’a pas fait de commentaire. J’ai remballé toutes mes affaires. Et puis, comme ça, il a demandé: «Si quelqu’un chante là dedans, est-ce qu’on l’entend?
– Bien sûr!... Tu as quelque chose à proposer?»
Il a répondu «oui».
Il a chanté comme il a pu deux couplets d’une vieille chanson d’amour, illuminant tout mon week-end.

15 mai 2007

Al Capone

La chaleur approche. Les voitures commencent à se parquer à l’ombre.


J’ai revu l’homme aux lunettes Valentino.

Il a 75 ans. Il a vécu à Genève une douzaine d’années. Deux ou trois ans après son arrivée, il s’est mis à son compte. Il gérait plusieurs stations essence – ou bien il s’occupait de la fourniture dans une chaîne de stations essence. Il avait des voitures, des grosses cylindrées – ou bien une seule, une américaine, mais gigantesque. Et puis, il avait un motel à Corsier.

C’était un caïd. Il a été condamné à plusieurs reprises. Il en est très fier. Un jour, il a tiré sur quelqu’un. Mancato omicidio. Tout le monde le craignait, même les flics. On le surnommait Al Capone. Une fois, il a fait quarante jours de prison. Ils sont venus le cueillir dans l’hôtel d’un ami qui l’hébergeait. À sa sortie, l’ami lui a facturé les quarante nuits. Il dit: «Tu vois comment naissent les disputes.» Quand il a voulu récupérer les 100'000 francs de dépôt du motel, on ne les lui a pas rendus.

Il s’est séparé de sa femme. Aujourd’hui, il n’a plus rien. De retour en Sicile, il avait ouvert un hôtel-restaurant dans la région de Patti. Mais tout le monde en avait après lui. Un flic en particulier. Sauf que lui, il avait un réseau. Des Palermitains notamment. Ils lui ont proposé de liquider l’importun. Magnanime, il a refusé.

Il fait de grands gestes, par exemple celui de se masturber. Il répète mìnchia et cugghiùni toutes les trente secondes. Du temps de la Suisse, il prétend avoir donné du travail à une cargaison de jeunes du village. De manière générale, il est assez prétentieux.

Quand je suis arrivé sur la place, avant de boire mon café et de m’installer sous la véranda, il s’est approché de moi. «Alors?

– Alors on travaille, je lui dis.

– Comment ça, on travaille? Personne ne travaille, ici. C’est interdit.»

22 avril 2007

Les petites croix de sang

Ci-après, le commentaire d'un ami à "Ceux qu'on écoute" (que je reproduis parce qu'il dépasse 300 caractères, ce qui n'a pas été apprécié par M. Blogger):

Et oui, on les connaît bien ces histoires en Sicile. Moi, j'habitais Adrano (près de Catania). C'est une histoire plus dingue encore: un beau matin (j'avais alors 7 ans), dans une petite maison habitée par une famille besogneuse, les murs s'étaient miraculeusement couverts de petites croix de sang. Tout le monde criait au miracle bien sûr, les occupants en premier. Le prêtre de l'église la plus proche s'était aussitôt rendu sur les lieux et avait convoqué la télé. "Antenna Sicilia" avait fait le déplacement et couvert le sujet sans vraiment donner son point de vue. Oui, un miracle. Et quel miracle! Je me demande encore aujourd'hui quel était l'effet recherché. C'était plastiquement beau, certes. Un artefact, sans aucun doute. Je me souviens aussi que j'avais imaginé comment ils avaient fait. Très simplement: des seringues, du sang de cochon et hop, toute la famille au boulot.
Une oeuvre familiale qui, à l'époque, a fini par leur amener un peu d'argent pendant quelque temps. Oui.
Un miracle?
D.T.

20 avril 2007

Ficarra e Picone

«Ficarra» et «Picone» sont les noms de scène des deux humoristes siciliens les plus célèbres du moment. Théâtre, télévision, cinéma, ils sont partout. Dans leur sketch intitulé «Siciliens», ils évoquent la Suisse. Tous les clichés y passent, mais transpercés de part en part, car les deux lurons ne s’en servent que pour forcer un peu plus le trait de leur propre caricature. L’extrait qui suit en donne une idée (bien pâle évidemment, puisque la substance est dans la performance). Il est tiré de Diciamoci la verità, Milano, Mondadori, 2005, p. 74-75 (traduction libre).


Ficarra (entrant le dos courbé et en grimaçant): Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe… (S’asseyant avec peine) Aïe!

Picone: Fatigué?

Ficarra (surpris): Non, non. Aujourd’hui, ça va bien.

Un temps.

Ficarra (heureux): Je suis allé en Suisse.

Picone: C’est où, ça?

Ficarra (ennuyé) : Pfff… En sortant de l’Italie, la première à droite.

Picone: Et qu’est-ce que tu es allé faire en Suisse?

Ficarra: À ton avis, qu’est-ce qu’on va faire en Suisse? (Secouant la tête) Si quelqu’un dit: “Je suis allé en Suisse”, en général L’AUTRE comprend…

Picone: Et… L’autre, c’est moi? Et… Toi, tu es celui qui est allé en Suisse?

Ficarra (agacé): Par exclusion… On est deux, non?

Picone: Et qu’est-ce que tu es allé faire en Suisse?

Ficarra (énervé): J’ai trait une vache, regardé l’heure qu’il était, mangé un morceau de chocolat et je suis rentré! À ton avis, qu’est-ce qu’on va faire en Suisse?

Picone: Mais pourquoi est-ce que tu es aussi aggressif? Je ne sais pas, moi.

Ficarra (las): J’ai pratiqué l’évasion fiscale.

Picone: L’évasion fiscale?

Ficarra (baissant la voix): On ne peut plus garder ses sous ici, mon cher. Les impôts… Alors, on les amène en Suisse. Là-bas, ils sont comme dans leur habitat naturel. Ils paissent librement.

Picone: Et… Toi, tu leur as fait confiance?

Ficarra: Hein?

Picone: Tu leur as fait confiance, aux Suisses? (Stupéfait) Tu as pris tes sous et tu les leur as donnés? Sainte Vierge…

Ficarra: Ah! Mais attention! Je les ai photocopiés et j’ai gardé les originaux! Pour qui est-ce que tu me prends?!

Picone (soulagé): Ah bon, comme ça d’accord.

Juste un mot encore. Il y a quelques jours, l’audioblog a enregistré la millième visite de Suoni_siciliani. Merci à tous les visiteurs! Les sons dans leur ensemble ont été écoutés cinq cents fois. Cela signifie qu’un visiteur sur deux ne se contente pas de lire les descriptifs; il écoute au moins un enregistrement. Continuez à en parler autour de vous!


Qualche giorno fa, l’audioblog è stato visitato per la millesima volta. Grazie a voi tutti! Nell’insieme, i brani sono stati ascoltati cinque cento volte. Continuate a parlarne!

17 avril 2007

file0481.wav

J’ai passé le week-end à Messine. Samedi, j’ai enregistré deux heures d’entretien avec ma tante.

L’enregistreur est comme un appareil photo numérique. On peut choisir le format (MP3 ou WAVE) et la qualité (nombre de bits, fréquence d’échantillonnage, etc.). Pour le son, bien sûr, la taille des fichiers varie en fonction de la durée de l’enregistrement. Dans la mesure du possible, j’appuie souvent sur «stop». Cela me permet d’isoler les thèmes abordés et de limiter les dégâts en cas de mauvaise manipulation, à l’ordinateur. En général, les prises ne dépassent pas dix minutes.

Samedi, pour commencer l’entretien, je demande à ma tante si elle se souvient de la maison de son enfance.

Elle me regarde.

Gêné, je lui dis: «Oui, euh… Comme ça, en gros.»

Elle me sourit, tend la main, s’empare de mon stylo et de mon bloc-notes. Tout en dessinant, et sans l’ombre d’une hésitation, elle décrit jusque dans ses moindres détails la disposition des pièces, les éléments du mobilier, la variété des matériaux, des couleurs et des usages. Elle traduit spontanément en italien ce qui lui vient en dialecte. Elle enchaîne avec les occupants, leur place et leurs gestes coutumiers. Puis avec les saveurs, les odeurs, les paroles. Tout cela d’une seule traite.

Je suis frappé de stupeur. Je suis sûr qu’elle voit – littéralement – ce qu’elle décrit. Au moment où j’appuie sur «stop», je réalise qu’elle a parlé vingt minutes.

Le fichier s’appelle «file0481.wav». Il pèse deux cents méga-octets. Si je le perds, je me mets dans un sac et je le ferme avec une corde; au bout de la corde, j’attache un gros caillou et je nous jette dans le Détroit.

Euro(pa)

Dimanche, j’ai inauguré la saison des granite avec mon cousin. La granita, la vraie, n’a rien à voir avec de la glace pilée. J’aurai sans doute l’occasion de revenir sur ce point.

On a remonté à pied le Viale Europa jusqu’à la hauteur du giratoire temporaire (temporaire depuis quatre ans). Tout près, il y a un demi-siècle, le vendeur de granite le plus fameux de la zone a installé sa fourgonnette. Il est ouvert d’avril à octobre. Ici, on vous sert la granita dans un gobelet en plastique. Pour un euro. Aux terrasses des cafés, plus à l’ouest, on atteint facilement dix euros. La granita n’y est pas meilleure, mais on y est à l’aise. Il y a du personnel. Le service est impeccable. Et les tenanciers paient leurs impôts (en partie du moins). D’après mon cousin, le type de la fourgonnette doit se faire dans les trois cent mille euros chaque année. Il n’a l’air de rien comme ça…

J’achète le journal. Page six, l’accident d’hier, plus haut sur le boulevard, est reporté. Deux déménageurs n’ont pas envie d’emprunter les escaliers. Ils grimpent sur la plate-forme du monte-charge. À dix mètres du sol, la plate-forme s’incline, puis lâche. L’un des déménageurs s’agrippe à une balustrade. L’autre tombe et meurt sur le coup. C’est ce qu’on a dit à la télé hier soir. On n’en savait pas plus.

Je m’apprête à lire l’article. Mon cousin me dit que ce n’est pas nécessaire. «C’est sûrement un type qui n’est plus tout jeune et qui n’est pas du métier. Il fait ça pour les fins de mois. Il n’est pas déclaré. Si ça se trouve, il est mort pour cinquante euros.»

Je lis l’article: 54 ans, marié, trois enfants. Il travaillait «alla giornata: una paga non superiore ai 50 euro».

Mon cousin rit jaune. «Ça a toujours été comme ça et ça ne changera jamais.»

07 avril 2007

Venerdì Santo

Procession, chants, cloches, etc.


06 avril 2007

Ceux qu'on écoute

Premiers jours de grand vent. Je l'entends qui siffle dans les persiennes. Le scirocco, le vent du désert. C'est bien lui. Je perçois beaucoup mieux la cloche de l’église du bas que celle de l'église du haut, pourtant moins éloignée (il souffle du sud-est). Et j’ai mal à la tête.


J’ai acheté des palmes tressées et suis descendu pour la bénédiction. J’ai reconnu la statue du Saint dans le chœur. L’église est rose, un peu plus petite que celle d'en haut. Charpente restaurée. Poutres et lambris. Face à la porte latérale, sous verre, la statue de la Madone de Lourdes. Je la reconnais aussi. Ils sont allés la chercher en ville en 1919 et l’ont transportée sur leurs épaules. Il y a une cinquantaine d’enfants dans l’allée centrale, alignés deux par deux. Le prêtre fait un aller-retour dans la nef pour bénir les palmes et les rameaux d’oliviers. Tous les bras sont levés. On remonte le village en procession et c’est la messe. Après, je vais manger chez mon grand-oncle.


Je suis allé au bar prendre un café et lire le journal.

Celui qu’on appelle «u mùtu», le muet, m’a offert le café et s’est assis à ma table, sous la véranda plastifiée qui remue. Il a plus de 80 ans, mais en paraît 65. De temps en temps, il pointe un article du doigt. À la rubrique sportive, il montre tous les résultats des matchs de foot. Un type arrive, un retraité sans doute. Sur le nez, d’énormes lunettes jaunes orange Valentino. Tout de suite, il parle de l’ouverture d’un nouveau petit marché, au bout du village. Il s’étonne du nombre de visiteurs, le jour de l’inauguration, et des voitures, toutes ces voitures parquées devant et jusque vers le cimetière. Il en déduit que le patron doit être quelqu’un de «sintùtu», quelqu’un qu’on écoute... Sinon, pourquoi se seraient-ils déplacés? C’est la seule explication. Il s’interroge sur son identité. Des clients émettent un avis. En tout cas, il n’est pas du village.

Dans La Repubblica, Orazio La Rocca fait le point sur la béatification de Jean-Paul II. On cherche des miracles. Une sœur française a été guérie de la maladie de parkinson grâce à son intercession. Au-dessous de l’article, un encart: à Reggio Calabria, peu après l’entrée dans une église de la dépouille du médecin qui s’est jeté sous un train après avoir tranché la gorge de son fils, la statue de la Madone a pleuré. Il y a de nombreux témoins. Sur le même sujet, trois pages dans La Gazzetta del Sud. On y appelle à la prudence.

Cela me rappelle qu’ici même, il y a deux ou trois ans, près du fleuve, un Saint est apparu sur un mandarinier. Illico, l’arbre devient un lieu de pèlerinage. Bougies, figurines, objets divers.

Pour mon grand-père, c’est clair comme de l’eau de roche: le prêtre s’est mis d’accord avec le propriétaire du verger.

20 mars 2007

(Af)fabuler

D’après le supplément numéro 49 du magazine Centonove paru le 10 décembre 1999 - une brochure à l’intention des touristes -, l’appellation ‘Arco del Poeta’, qui désigne l’arc situé dans la ruelle du docteur et dont la clef consiste en une figure monstrueuse, témoigne de la présence, en ce lieu, d’une section de l’Ecole poétique sicilienne à l’époque de Frédéric II.

L’auteur de la thèse consacrée aux us et coutumes du village, en revanche, ne parle pas de l’arc, mais seulement de la ruelle du poète (‘Vico Poeta’). Selon lui, elle porte ce nom parce que Giuseppe Trifilò y a vécu jusqu’à sa mort, survenue dans les années 1960. Les anciens s’en rappellent encore. Il était de toutes les cérémonies. Il y récitait ses poésies en dialecte et on l’admirait pour ses improvisations.


Mon expérience de l’entretien est rudimentaire. Mes interlocuteurs n’en ont aucune. Une bonne préparation est donc essentielle.

Ma grand-mère s’étonne de ma capacité, la questionnant, de susciter un souvenir et son récit. Je suis émerveillé par son pouvoir d’affabulation. Un nom (tu as connu Untel?), un objet (c’est quoi, ça?), un espace (à l’église?), c’est aussitôt une intrigue. Elle parle. Elle peut parler un quart d’heure, enchaîner quantité d’anecdotes, elle retombe sur ses pieds. À la fin, elle me dit: «Voilà pour Untel… pour cette chose… pour l’église…», me rappelant la question que je lui ai posée et qu’entre-temps j’avais oubliée.

Je réalise à quel point tout est d’emblée récit. Mes interlocuteurs en détiennent, semble-t-il, un art infaillible et spontané.

Ou est-ce moi qui fabule?

18 mars 2007

Oranges

Erba medica

Fleurs de pêcher


17 mars 2007

Parole aux aînés

J'ai enregistré une série d'entretiens avec mes grands-parents. Le travail est toujours en cours. J'en ai mis deux extraits sur l'audioblog.

La grand-mère
Le grand-père

15 mars 2007

Giacato

Ici, «un gars» se dit «un cristiano», un chrétien. Etonnamment, donc, «sti cristiani», ces chrétiens, peut référer péjorativement à «ces gens-là».


L’épicière porte de grosses lunettes, un sourire intermittent et toujours le même tablier bleu. Elle m’adresse souvent quelques mots en français. Elle a vécu en Suisse. La voisine me dit qu’elle y a fait fortune. «Fortune?
– Qu’est-ce que tu crois? Sans ça, elle n’aurait jamais pu acheter son commerce.
– Ah bon.»


J’ai raccompagné la nonna à Messina.
Ma tante me parle, entre autres, du temps qu’il fait. Je ne suis ici que depuis trois semaines. On dit: «Marzo pazzo.» Il a plu. Le soleil était rare. Elle a en tête les deux mois qui ont précédé. Il faisait 20° C en moyenne. Elle me fait remarquer qu’il n’y a pas eu d’hiver, que tout a poussé trop vite, que les fleurs seront bientôt fanées. Confirmation, le soir même, au téléjournal.
Elle prédit un enfer, question moustiques.


Une cousine m’a prêté un livre sur le village. Il est issu d’une recherche fouillée qui a débouché sur une thèse de doctorat. L’enquête a été menée, pour l’essentiel, durant les années 1970. L’auteur a interrogé les villageois – dont de nombreux spécimens «verghiens», dit la quatrième de couverture – sur les coutumes, les métiers, les fêtes calendaires, les chansons et autres traditions populaires. C’est une mine de renseignements. Une chance.
Il y a un chapitre sur les différents «quartiers» du village. Le village est divisé en une partie basse et une partie haute. Aujourd’hui encore, on veut savoir si vous êtes d’en bas ou d’en haut.
À certains endroits, les habitants ont tous le même nom de famille. L’auteur s’attarde sur les groupes les plus homogènes, rapporte les on-dit, les vieilles querelles et les représentants fameux.
D’abord, en lisant, je crois que ceux dont je porte le nom viennent d’en bas. L’auteur leur consacre plusieurs pages. Il y a eu quelqu’un d’important, quelqu’un qui savait parler. Son prénom est le même que celui de mon arrière-arrière-grand-père.
Mais ce n’est pas lui. À la fin du chapitre, il est précisé qu’il existe, ailleurs dans le village, de nombreuses familles portant le même nom.
La mienne habitait dans le Giacato, c’est-à-dire dans la rue qui relie le bas et le haut. C’est la partie la plus «récente», écrit l’auteur. Elle est donc moins intéressante pour son propos.

06 mars 2007

Λεμόνι

Le produit vaisselle de ma grand-mère, de marque Svelto, propriété du groupe Unilever, est parfumé au citron. Le mot est noté en grec sur l’étiquette.
Je reste avec la nonna une semaine. Le passage vers la solitude se fait en douceur.


Comme en Angleterre, les premiers jours, il y a quelques années, j’ai l’impression que tout ce que je vois ou entends sombre instantanément dans l’oubli. Je ne sais plus ce que la nonna m’a dit ce midi, quand nous étions à table.
On a fêté les 90 ans de mon grand-père. Les photos déjà sont gravées sur un CD.
Un «InternetPoint» a ouvert il y a un mois, dans le village d’à côté. Connexion satellite, disent-ils, haut débit. Une chance.
Depuis mon arrivée, le temps est changeant. À l’aube, j’allume un feu. En fin de matinée, j’ouvre toutes le fenêtres. Il grêle cinq minutes. Les nuages passent. Soudain, on a sa veste d’hiver dans le soleil. Puis, le vent se lève.
Il y a un long tunnel sur l’autoroute en direction de Catania, après la sortie de Taormina, suivi par un long virage à droite. On débouche sur une plaine et en face, droit devant soi, immense, les crêtes déployées, l’Etna fumant dans la neige. Une coulée ancienne, sur un flanc, trop chaude encore, est marron. Le reste est blanc.
À ses pieds, des orangers par centaines.


Le cabinet du docteur est situé juste à côté de la principale attraction du village, «l’arc du poète», au fond d’une impasse à laquelle on accède depuis la piazza Martino. Les gens s’empilent dans la salle d’attente, quand ce n’est pas devant la porte d’entrée de l’appartement, si le docteur est absent. Pas de rendez-vous.
Il ne me connaissait pas. Il a un air buté. Hier, il m’a demandé le motif de mon séjour. Il m’a dit qu’il a lu tout Paolo Coelho. Ce matin, j’ai passé devant tout le monde.

03 mars 2007

Atterrissage

A ma descente d'avion, un parfum d'humus a envahi mes narines. Il m'a fait penser au Vietnam.

J'ai la tête ailleurs.

Mon installation est terminée. Mes livres sont arrivés.

J'ai recommencé à écrire. Les premiers entretiens sont dans la boîte.

28 février 2007

I.V.A.N.

Dernier entretien en Suisse, avant le départ.
J'ai connu Ivan sur les bancs d'école. On devait avoir cinq ans.
L'autre matin, je tombe sur une affiche dans un magasin de disques. C'est lui. C'est son premier album. Il l'a fait.
Je l'ai revu chez lui, et puis en ville. Heureux de partager ces moments avec mon premier meilleur copain.

19 février 2007

Acquedolci

Aujourd'hui, j'ai déjeuné avec Marco et mon cousin au Bellerive's Bar. On a causé.
Je pars dans trois jours, Marco dans deux mois. Cet été, je serai de retour. Lui, le retour, c'est là-bas.

15 février 2007

Peugeot 403


06 février 2007

Ascoltate

D'ora in poi, potrete ascoltare ambienti e parole sul mio nuovo audioblog, che s'intitola Suoni_siciliani_Sons_siciliens.

Départ en vue

Je pars dans deux semaines. J'ai renouvelé mon passeport italien, trouvé un transporteur pour mes livres, contacté mon assurance, acheté un adaptateur pour la prise de mon Mac. Je dois encore compléter ma pharmacie, rendre des livres, en emprunter d'autres peut-être, me faire couper les cheveux et voir du monde.
J'ai fait un nouvel investissement, acquis un enregistreur numérique. Objectif numéro un: garder trace de mes conversations au village, notamment avec les anciens. Le dialecte des anciens est plus serré, plus sec, plus entortillé que celui des jeunes générations. J'aurai besoin sans doute de faire traduire certains des enregistrements.

Désormais, le transblog fonctionnera en tandem avec un audioblog, intitulé Suoni_siciliani_Sons_siciliens. Il y a déjà des sons dessus... suisses forcément. Disons que ce sont des exercices.
Les choses sérieuses commencent la semaine prochaine. Rendez-vous pour quelques extraits d'un entretien avec Marco. C'est aussi un "Lausannois de Sicile". Il a vingt-cinq ans et il a décidé de s'installer là-bas. Je compte lui demander pourquoi.

31 janvier 2007

Rêve 2 (solution)

Solution de l'énigme: Arion.

17 janvier 2007

Ce qu'on (ne) lit (pas)

L'autre matin, sur France Culture, j'entends un type sympa militer pour une pratique honnête de la citation. Dans les notes de bas de page, par exemple, celles qui servent à indiquer le livre d'où l'on a tiré sa phrase, il propose d'ajouter aux traditionnels "op. cit." ou "ibid." un certain nombre d'abréviations chargées de spécifier le degré de familiarité du citant et du cité. Ainsi, "n. l." pour non-lu (donc lu ailleurs), "v. l." pour vite lu, "l. d." pour lu le début, etc. Dans mon demi-sommeil, j'enrichis la liste: "l. h. v." pour lu à haute voix, "l. e. l.", pour lu entre les lignes... Je me lève d'un bond pied, soulagé, heureux, fier d'appartenir à la communauté des lecteurs approximatifs.
Sur les rayons de ma bibliothèque, il y a des familles de livres. Je les regarde en passant: la couleur de la tranche, le logo, le caractère. Les formes, les motifs que je perçois et qui se recoupent ne renvoient pas aux contenus des ouvrages, mais à une certaine époque de ma vie – estudiantine notamment –, l'époque où je les avais achetés, où j'avais pensé les lire.
Il existe différentes époques de ma volonté de lire. Ce ne sont pas des époques de lecture, parce que je ne lisais pas. (Généralement, la vue des livres ne suffit pas à évoquer le moment où je les ai lus. Parfois, j'écoute un CD et soudain un livre me passe par la tête. Alors seulement, je me dis que j'en ai lu quelques-uns. Mais il faut le CD.) Non, je songe aux après-midi de désinvolture, durant lesquels j'entreprenais le décompte de mes livres, le calcul des livres lus et des non-lus. Longtemps, j'ai noté sur le premier feuillet leur date d'acquisition. Proximité des dates = époque de volonté de lire. Serrement de gorge, souvent, à l'idée que je suis un acheteur, beaucoup plus qu'un lecteur de livres.
L'autre jour, une crise. Je lis René pour me rassurer. À haute voix. Bien fort. Ce n'est pas trop long. Ça fait son effet.
Je repense au type de France Culture. Pourquoi ne pas lancer une pratique similaire pour l'écriture: "n. é.", non écrit (donc écrit ailleurs), "é. s.", écrit subrepticement, "é. n.", écrit dans le noir? Et pourquoi pas "d. é. m.", d'abord écrit à la main, "é. h. v.", écrit hors la ville, "é. d. t.", écrit le dos tourné?

11 janvier 2007

Cette nuit, j’ai rêvé (énigme)

Je suis un grand poète.
Ma verve est enchanteresse. Je gagne concours sur concours. Ma tournée sicilienne est un triomphe. Je suis riche à millions.
Je rentre chez moi. Sur le lac, les employés de la Compagnie Générale de Navigation songent à me dépouiller. Près de Pully, ils me somment de me jeter à l’eau.
J’entonne ma louange.
Aimanté, un jet-ski – le dernier-né de la ligne Dolphin Rocket, deux cents chevaux – passe par là et m’emporte. Je suis sauvé.
À Ouchy, les employés, confus, avouent. Je récupère mes millions. Généreux, je leur évite la faillite.
Qui suis-je?

Je me suis réveillé. Je suis à ma table. J’avance à tâtons.

18 décembre 2006

Bhagawhandi

(inspiré de Oliver Sacks)


Hé Bhagawhandi
Hé Bhagawhandi


Hé Bhagawhandi
Hé Bhagawhandi


Tu rentres chez toi, dis?
Tu vois des paysages
Tu vois des rizières
Tu vois toutes les couleurs de là d'où tu viens
Tu rentres, c'est bien

Tu souris
On n'ose plus te déranger

Bhagawhandi
Que se passe-t-il?
Je rentre chez moi, tu dis
C'est le retour

On tire les rideaux
On ferme toutes les portes
On éteint tout
dans ta tête

Tu meurs
dans ta tête

C'est ce qu'on croit
Toi tu dis que tu rentres chez toi

(Canterbury, 12.03.2003)

14 décembre 2006

Bien écrire

Je n’écris pas trop mal, mais je ne sais pas mal écrire.
Les poètes seuls en sont capables.

J’écris «bien». Ce qui se rapproche le plus de la manière dont je conçois l’écriture, c’est la pose que prennent les anciens sur les photographies.
Ils se raidissent. Ce faisant, je crois, ils se retranchent.

C’est très sérieux, une photo. Si je demande à un parent plus âgé de se tourner vers l’objectif, tout de suite il se soucie d’être bien droit, de se tenir. Il s’altère, mais il y met du sien. Je pense que c’est une bonne façon de regarder une machine.
Où est la machine dans l’écriture? Dans la langue? Je n’en suis pas sûr.

Je télécharge les images. Je retrouve la raideur, la distance. Parfois non. Parce qu’ils se sont relâchés un instant, sur la photo ils ont un air hébété, stupide.

J’ai calculé, vérifié, rassemblé, fait des phrases. Tout se tient à peu près. Je me relis.
C’est très loin. Parfois, c’est tout bête.

Bien sûr, ce n’est pas moi.

07 décembre 2006

Palais Bel-Air

Dans le dernier film de Lionel Baier, Comme des voleurs (à l’est), le personnage découvre qu’il est vaguement d’origine polonaise. Avec sa sœur, il quitte Lausanne pour la Pologne.
Au début du film, il y a des plans de Lausanne: Bel-Air, Saint-François, la cathédrale depuis le Grand-Pont, le Palace emberlificoté et d’autres coins encore, que je reconnais.
On est pendant les fêtes. Clignotements, rougeurs, luminaires.
À la fin du film, le personnage rentre chez lui. Quelqu’un lui a dit: «C’est toi qui décides si tu es polonais.» Sa sœur, elle, va rester en Pologne. Ils se quittent à la gare.
Il y a de nouveau des plans de ville. On est de nouveau pendant les fêtes. Le frère est rentré, la sœur est restée. Alors, j'ai un doute. Je ne sais pas si on est à Lausanne ou à Varsovie.
Après, je sais, je devine qu’on est à Varsovie. Il y a des feux d’artifice. On voit le Palais de la Culture. C'est lui. C'est le joyau mastodontesque de l’architecture totalitaire.
Et puis, un bref instant, parce que le doute n'est pas très loin, j'hésite à nouveau.
Le Palais, pour un peu, est comme la Tour Bel-Air.

01 décembre 2006

Reprise


À l’entrée de la ville, il y a un olivier.
Il est planté sur un îlot – un rond-point –, au carrefour de l’avenue de Provence et de l’avenue du Chablais.
À cette heure-là, les voitures qui descendent la première, feux avant, quittent la ville; celles qui remontent la deuxième, feux arrière, arrivent, pour la plupart, de l’autoroute.
L'autoroute de contournement.
Sortie: «Lausanne-Sud».

(Pardon d’avoir tardé. J’ai volontairement skippé novembre.)

31 octobre 2006

Les olives

Je suis de retour à Lausanne.
Ces huit jours ont été profitables à tout point de vue. La cueillette a été relativement fructueuse. Les contacts ont été noués. L’été prolongé en une parenthèse heureuse, saugrenue, puisque la température, avoisinant les 30° C en journée, retombait le soir et nous obligeait à allumer un feu de cheminée.
Nouveauté du voyage, en avion, depuis Genève (escale à Rome). À l’aller, départ à l’aube. À midi, on déjeunait chez la tante à Messine. Sentiment de distance abolie. Sur place, un repas de bienvenue mettait très vite les points sur les i: on ne badine pas avec les produits locaux. Comme la grand-mère ne saisit pas pleinement l’enjeu de l’année à venir et ce qui m’est arrivé, elle me dit: «Bravo pour ta nouvelle situation!» Situation, c’est bien ça. Une nouvelle situation, qui fait que les êtres, les choses, se situent différemment les uns par rapport aux autres. À cause des couleurs, peut-être, déjà: le vert a remplacé le jaune sur les contreforts, autour de la ville.

Ma tante nous prête sa VW. On prend la route. On rentre au village, à 40 km de là. Nous nous reposons, après avoir défait nos valises et enlevé les plastiques qui recouvrent le lit matrimonial et le canapé-lit. Mon père s’en va pour une première inspection. Il rentre inquiet: peu d’olives sur les arbres. L’inquiétude sera vite dissipée: les olives, pour la plupart, sont parterre. Elles sont tombées quelques jours auparavant. Le vent a soufflé très fort. Ce n’est pas grave, seulement un peu plus fatigant.
Dimanche, salutations d’usage, balade, moustiques. Et puis les chiens, dont j’ai une peur bleue, qui sont partout. Cave canem. Je pense à mon séjour de trois mois, l’année prochaine. Comment se balader seul, ici, quand, à tout bout de champ, de coin, de porte dérobée, ils vous aboient à la figure en se démenant comme des diables? Ils veulent s’amuser, ils ont faim, d’accord. N’empêche… J'ai du pain sur la planche et ce ne sera pas une partie de plaisir.
À midi, la tante arrive, plus tôt que prévu. Elle restera toute la semaine, nous prêtera main forte.

Du lundi au vendredi, c’est la récolte. Mon père et ma tante s’en iront très tôt, nous les rejoindrons vers 9h. On emportera de quoi se sustenter pour éviter de revenir au village. Pane, mortadella, frutta, insalata. Mardi, le grand luxe. On fera un feu pour réchauffer la pasta e fagioli. L’après-midi, le rythme sera moins intense. On se déplacera, suivant les arbres les plus chargés.
En gros, il y a trois phases. Phase 1: on ramasse les olives qui sont tombées. C’est le travail le plus harassant. On en a vite plein le dos, et les jambes ne sont pas en reste. Phase 2: on déplie les filets sous l’arbre, on grimpe sur l’échelle, sur le tronc torsadé, sur les branches les plus solides, on secoue, on cueille les olives, ou plutôt on les détache et elles tombent; parfois, on use d’un bâton si elles restent inatteignables. Pieds ankylosés mis à part, c’est assez agréable. On grimpe de plus en plus haut, la tête se fraie un chemin dans les branchages, alors on voit le tapis des champs qui s’étale jusqu’à la mer.

Phase 3: on replie les filets, les olives se rassemblent. On ôte les feuilles, les frondaisons prises dans les filets ou qui sont tombées avec les olives. On verse le résultat dans un cageot ou dans un sac de toile.
Mercredi, pause. Nous descendons à la mer. Mon père et ma tante continuent. C’est à eux que nous devons l’essentiel de la récolte, à leur constance, leur ardeur, leur dextérité, eux qui ont ramassé vingt olives à mains nues quand nous finissons d’en sortir deux avec nos gants de sous les orties.
Samedi, rendez-vous au… au… comment dit-on oleificio en français? C’est là où les olives naviguent d’un récipient à l’autre, pesées, lavées, pilées, jusqu’à ce que, d’un embout amovible (pour n’en perdre aucune goutte), l’huile, d’un jaune temporairement trouble – un dépôt se formera et tout s’éclaircira – se déverse dans les bidons.
C’est un succès. Sur une petite quinzaine d’arbres, nous avons récolté 325 kilos d’olives et en avons tiré 60 litres d’huile.

Hélas, nous n’en rapporterons pas un centilitre. La soute à bagages n’est pas indiquée pour le transport de ce genre de denrée.
Le week-end, emplettes, la mer encore, les petites villes qui n’en sont pas, vitrines improbables, visages enluminés, effondrements.
Déjà on est sur le bateau. Le temps a changé. Il vente comme avant notre arrivée. Dans le Financial Times, on pointe la faiblesse des investissements européens en Recherche et Développement.

19 octobre 2006

Leave a message

Ça y est, j'ai notifié l'existence du transblog. J'ai envoyé un mail à ceux dont j'ai l'adresse. J'ai dû oublier pas mal de monde. Lecteurs, mes semblables, n'hésitez pas à faire circuler le lien parmi vos connaissances!
On me fait remarquer (thank you, Mariam!) qu'il faut être inscrit sur blogger pour laisser un commentaire, ce qui est embêtant. Je vais régler le problème...

Ok, c'est fait. Désormais, un clic sur "Comments" et libre à vous de communiquer un coucou, une question, un lien, etc.


Encore un mot: j'ai découvert que Renens sera capitale culturelle, ce week-end (vendredi et samedi). Concerts, expos, débats, le programme est sacrément fourni. J'espère y passer en coup de vent demain soir. Il y a même quelque chose au Silo, "le World Trade Center de l'Ouest lausannois", comme a si bien dit l'envoyé spécial de Dare-dare...

18 octobre 2006

In italiano

Un saluto in italiano, ogni tanto, lo dovrò fare. Anzi, mi dispiace non poter scrivere nelle due lingue allo stesso tempo.

Sabato, se l'Alitalia non sarà fallita, saremo in Sicilia. Verso l'una, a mangiare da mia zia. Mi viene fame solo a pensarci.

Italofoni... Siciliani, Milanesi, Svizzeri, Europei, Americani, Asiatici, etc., etc.: vi saluto.

17 octobre 2006

Éclaireurs

Samedi, on part en Sicile une semaine, mon père, Sylvie et moi. Officiellement, pour cueillir les olives. Officieusement, pour prendre contact avec celles ou ceux que je serai susceptible d'interroger, cet hiver, quand je retournerai là-bas. La présence de mon père devrait faciliter ce premier contact.

J'ai investi dans un réflex numérique que j'essaie d'apprivoiser depuis deux jours. J'y pense: voilà un premier sujet à commentaires. Si les personnes qui consultent ce blog devaient trouver à redire aux photos qui le parsèment, qu'elles ne se gênent pas pour pointer tel ou tel problème. Je nage pas mal encore dans la balance des blancs, la vitesse d'obturation, la sensibilité iso et autres assistance AF. Pour info, la photo de la maison (13 octobre) a été prise avec un automatique.

Départ pour mon île, donc. Vert paradis... enfin, jaune plutôt, mais paradis c'est sûr, jusqu'à récemment (disons l'adolescence, ce qui, je le concède, n'est pas si récent). La démystification sera au rendez-vous. Ne serait-ce que pour les oliviers: ils auront sans doute été nettoyés par quelques-uns parmi ceux – tout le village, en fait – qui savent que les proprios n'habitent pas la porte à côté. L'objectif de mon père est modeste: 200 kilos. On verra bien.

13 octobre 2006

Sûrement parce que j’écoute de la musique (raphelson) – ou peut-être parce que je lis la chronique du rêve grenat –, je réalise que mon travail, tout pétri dans le bonheur qu’il soit, du fait de cette bourse, de cet éclairage, est aussi, devra aussi baigner dans une forme de tristesse.
Je ne ferai rien de bon si je ne conçois pas mes personnages comme défunts, et leur monde comme caduc.

La maison


12 octobre 2006

Un an pour écrire

Un an de transblog, peut-être.

J'ai parlé d'un blog dans mon projet. Je l'appelle "transblog". Alors je tente l'expérience. Mais je ne sais pas trop par quel bout commencer.
Disons que l'idée est de ne parler que du projet. Donc blog limité. Pas de grand déballage, pas de journal tous azimuts.
Le projet, c'est un roman. Un roman familial. En partie autobiographique.
J'ai un an pour l'écrire.

Voilà.