Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.
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04 avril 2012

Transazione 1879

"Onorand.mo e preg.mo Sig. Principe,

Intitolando a V.S.I. questo libro, io intendo, e attestarle il mio affetto devoto d'amico, e dimostrarle quanto in V.S. pregi i sensi di umanità e beneficenza verso le classi dei lavoratori, in ispecie dei campi...

Del contadino siciliano molti si sono occupati in questi ultimi anni, massime dal lato economico e sociale; ma generalmente, sconoscendone i sentimenti precisi, le tradizioni, le abitudini, la vita insomma che realmente vive...

Ella troverà, egregio Signor Principe, che, oggi come oggi, la fisonomia morale del contadino s'è alquanto modificata, insieme a' suoi tradizionali costumi, ma non per questo ho io voluto modificare un minimo che nel libro mio, composto diciott'anni fa. Ho la coscienza di avere segnato un momento storico, con l'esattezza scrupolosa che per me si poteva; e la storia non si cancella, si giova anzi dell'ieri per spiegarsi l'oggi e apprezzarlo equamente. Io, a buon conto, fin d'allora notavo che iniziavasi un periodo di transazione [sic], che mi lusingavo potesser ridondar tutto in bene della classe contadinesca, che tanto stimo. Ma, pur troppo, le crisi agricole hanno contribuito anch'esse a precipitarla giù... e ne la fame! E la fame è un gran male, suasore di mali più grandi!...

Palermo, lì 14 marzo 1897

dev.mo obbl.mo amico
Salvatore Salomone-Marino"

(Costumi ed usanze dei contadini in Sicilia,
Brancato Editore, 2003, p. 5-6.)

20 mars 2007

(Af)fabuler

D’après le supplément numéro 49 du magazine Centonove paru le 10 décembre 1999 - une brochure à l’intention des touristes -, l’appellation ‘Arco del Poeta’, qui désigne l’arc situé dans la ruelle du docteur et dont la clef consiste en une figure monstrueuse, témoigne de la présence, en ce lieu, d’une section de l’Ecole poétique sicilienne à l’époque de Frédéric II.
L’auteur de la thèse consacrée aux us et coutumes du village, en revanche, ne parle pas de l’arc, mais seulement de la ruelle du poète (‘Vico Poeta’). Selon lui, elle porte ce nom parce que Giuseppe Trifilò y a vécu jusqu’à sa mort, survenue dans les années 1960. Les anciens s’en rappellent encore. Il était de toutes les cérémonies. Il y récitait ses poésies en dialecte et on l’admirait pour ses improvisations.

Mon expérience de l’entretien est rudimentaire. Mes interlocuteurs n’en ont aucune. Une bonne préparation est donc essentielle.
Ma grand-mère s’étonne de ma capacité, la questionnant, de susciter un souvenir et son récit. Je suis émerveillé par son pouvoir d’affabulation. Un nom (tu as connu Untel?), un objet (c’est quoi, ça?), un espace (à l’église?), c’est aussitôt une intrigue. Elle parle. Elle peut parler un quart d’heure, enchaîner quantité d’anecdotes, elle retombe sur ses pieds. À la fin, elle me dit: «Voilà pour Untel… pour cette chose… pour l’église…», me rappelant la question que je lui ai posée et qu’entre-temps j’avais oubliée.
Je réalise à quel point tout est d’emblée récit. Mes interlocuteurs en détiennent, semble-t-il, un art infaillible et spontané.
Ou est-ce moi qui fabule?

17 mars 2007

Parole aux aînés

J'ai enregistré une série d'entretiens avec mes grands-parents. Le travail est toujours en cours. J'en ai mis deux extraits sur l'audioblog.
La grand-mère
Le grand-père

15 mars 2007

Giacato

Ici, «un gars» se dit «un cristiano», un chrétien. Etonnamment, donc, «sti cristiani», ces chrétiens, peut référer péjorativement à «ces gens-là».

L’épicière porte de grosses lunettes, un sourire intermittent et toujours le même tablier bleu. Elle m’adresse souvent quelques mots en français. Elle a vécu en Suisse. La voisine me dit qu’elle y a fait fortune. «Fortune?
– Qu’est-ce que tu crois? Sans ça, elle n’aurait jamais pu acheter son commerce.
– Ah bon.»

J’ai raccompagné la nonna à Messina.
Ma tante me parle, entre autres, du temps qu’il fait. Je ne suis ici que depuis trois semaines. On dit: «Marzo pazzo.» Il a plu. Le soleil était rare. Elle a en tête les deux mois qui ont précédé. Il faisait 20° C en moyenne. Elle me fait remarquer qu’il n’y a pas eu d’hiver, que tout a poussé trop vite, que les fleurs seront bientôt fanées. Confirmation, le soir même, au téléjournal.
Elle prédit un enfer, question moustiques.

Une cousine m’a prêté un livre sur le village. Il est issu d’une recherche fouillée qui a débouché sur une thèse de doctorat. L’enquête a été menée, pour l’essentiel, durant les années 1970. L’auteur a interrogé les villageois – dont de nombreux spécimens «verghiens», dit la quatrième de couverture – sur les coutumes, les métiers, les fêtes calendaires, les chansons et autres traditions populaires. C’est une mine de renseignements. Une chance.
Il y a un chapitre sur les différents «quartiers» du village. Le village est divisé en une partie basse et une partie haute. Aujourd’hui encore, on veut savoir si vous êtes d’en bas ou d’en haut.
À certains endroits, les habitants ont tous le même nom de famille. L’auteur s’attarde sur les groupes les plus homogènes, rapporte les on-dit, les vieilles querelles et les représentants fameux.
D’abord, en lisant, je crois que ceux dont je porte le nom viennent d’en bas. L’auteur leur consacre plusieurs pages. Il y a eu quelqu’un d’important, quelqu’un qui savait parler. Son prénom est le même que celui de mon arrière-arrière-grand-père.
Mais ce n’est pas lui. À la fin du chapitre, il est précisé qu’il existe, ailleurs dans le village, de nombreuses familles portant le même nom.
La mienne habitait dans le Giacato, c’est-à-dire dans la rue qui relie le bas et le haut. C’est la partie la plus «récente», écrit l’auteur. Elle est donc moins intéressante pour son propos.

06 mars 2007

Λεμόνι

Le produit vaisselle de ma grand-mère, de marque Svelto, propriété du groupe Unilever, est parfumé au citron. Le mot est noté en grec sur l’étiquette.
Je reste avec la nonna une semaine. Le passage vers la solitude se fait en douceur.

Comme en Angleterre, les premiers jours, il y a quelques années, j’ai l’impression que tout ce que je vois ou entends sombre instantanément dans l’oubli. Je ne sais plus ce que la nonna m’a dit ce midi, quand nous étions à table.
On a fêté les 90 ans de mon grand-père. Les photos déjà sont gravées sur un CD.
Un «InternetPoint» a ouvert il y a un mois, dans le village d’à côté. Connexion satellite, disent-ils, haut débit. Une chance.
Depuis mon arrivée, le temps est changeant. À l’aube, j’allume un feu. En fin de matinée, j’ouvre toutes le fenêtres. Il grêle cinq minutes. Les nuages passent. Soudain, on a sa veste d’hiver dans le soleil. Puis, le vent se lève.
Il y a un long tunnel sur l’autoroute en direction de Catania, après la sortie de Taormina, suivi par un long virage à droite. On débouche sur une plaine et en face, droit devant soi, immense, les crêtes déployées, l’Etna fumant dans la neige. Une coulée ancienne, sur un flanc, trop chaude encore, est marron. Le reste est blanc.
À ses pieds, des orangers par centaines.

Le cabinet du docteur est situé juste à côté de la principale attraction du village, «l’arc du poète», au fond d’une impasse à laquelle on accède depuis la piazza Martino. Les gens s’empilent dans la salle d’attente, quand ce n’est pas devant la porte d’entrée de l’appartement, si le docteur est absent. Pas de rendez-vous.
Il ne me connaissait pas. Il a un air buté. Hier, il m’a demandé le motif de mon séjour. Il m’a dit qu’il a lu tout Paolo Coelho. Ce matin, j’ai passé devant tout le monde.