Signes non pour être complet, non pour conjuguer / mais pour être fidèle à son ‘transitoire’ / Signes pour retrouver le don des langues / la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ? H.M.

17 avril 2007

file0481.wav

J’ai passé le week-end à Messine. Samedi, j’ai enregistré deux heures d’entretien avec ma tante.

L’enregistreur est comme un appareil photo numérique. On peut choisir le format (MP3 ou WAVE) et la qualité (nombre de bits, fréquence d’échantillonnage, etc.). Pour le son, bien sûr, la taille des fichiers varie en fonction de la durée de l’enregistrement. Dans la mesure du possible, j’appuie souvent sur «stop». Cela me permet d’isoler les thèmes abordés et de limiter les dégâts en cas de mauvaise manipulation, à l’ordinateur. En général, les prises ne dépassent pas dix minutes.

Samedi, pour commencer l’entretien, je demande à ma tante si elle se souvient de la maison de son enfance.

Elle me regarde.

Gêné, je lui dis: «Oui, euh… Comme ça, en gros.»

Elle me sourit, tend la main, s’empare de mon stylo et de mon bloc-notes. Tout en dessinant, et sans l’ombre d’une hésitation, elle décrit jusque dans ses moindres détails la disposition des pièces, les éléments du mobilier, la variété des matériaux, des couleurs et des usages. Elle traduit spontanément en italien ce qui lui vient en dialecte. Elle enchaîne avec les occupants, leur place et leurs gestes coutumiers. Puis avec les saveurs, les odeurs, les paroles. Tout cela d’une seule traite.

Je suis frappé de stupeur. Je suis sûr qu’elle voit – littéralement – ce qu’elle décrit. Au moment où j’appuie sur «stop», je réalise qu’elle a parlé vingt minutes.

Le fichier s’appelle «file0481.wav». Il pèse deux cents méga-octets. Si je le perds, je me mets dans un sac et je le ferme avec une corde; au bout de la corde, j’attache un gros caillou et je nous jette dans le Détroit.

1 commentaire:

Phil a dit…

on se propose comme arrière-base d'archivage, si tu veux, envoie les perles par mail, je les aligne sur du velours

et si je les perds aussi, eh bien j'achète une ancre, je me l'attache au cou, je prends l'avion (je sais, les déteteurs et tout ça à l'aéroport, mais j'ai mon astuce...) en réservant 2 places, une pour l'ancre, une pour moi, et une fois arrivé au bord du Détroit, je saute rejoindre le sac au fond; et pour qu'on se marre quand même un peu, je prends mon Mikado, même si ce sera pas coton d'y jouer, avec les ficelles, et les courants...